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Le seul Élément Cointet d’origine existant encore de nos jours
Un monticule indifférent où se tapit les décombres du colosse aux pieds de craie
En 1, le phare du Gris-Nez, en 2 et 3 les M270 et en 4 les plots radars
S’incrustant dans la pente, la masse de 1.350 m³ de béton d’un M270
 
LEXIQUE
Zone rouge bande de terrain qui suit le trait de côte sur laquelle aucun civil n’a accès, sa profondeur varie selon les circonstances, de 100 m à plusieurs kilomètres ; dans les cités balnéaires, Wimereux par exemple, les voies publiques menant à la plage sont coupées par un mur anti-tank de béton ou des « portes belges » métalliques ; sur le front de mer, les fenêtres des rez-de-chaussée des habitations sont occultées par un parement de briques

Porte belge ou Élément Cointet inventé par le général français Léon-Edmond de Cointet de Fillain en 1933, l’élément se présente sous la forme d’une herse métallique qui est montée et boulonnée sur place (une sorte de kit avant la lettre). Quelque 75.000 exemplaires furent construits, sur commande de l’armée belge, par 25 usines civiles.  Le but de son utilisation était de former un mur anti-tank là où il n’était pas possible de mettre en place un quelconque autre dispositif; la plupart finirent sur les plages du Mur de l’Atlantique, des centaines furent utilisés à Boulogne et Wimereux; un seul exemplaire original subsiste à ce jour, celui du Tank Museum de Bruxelles, autant se faire plaisir en voici une photo prise lors d’une réfection au Fort de Kapellen au nord d’Anvers (voir photo ci-dessous)

 
NOTES
Plus de cinq millions de photos prises d’avion lors de la Seconde Guerre mondiale par le « Allied Central Interpretation Unit » situé  sur la base de la RAF de Medmenham sont actuellement regroupés à l’Université de Keele, au nord de Londres, au sein du « Air Photo Archive », dirigé de main de maître par Mme Marylyn Beech. Un travail titanesque, c’est peu dire, car, le saviez-vous, il existe encore des milliers de bobines de films non développés. Le département « Air Photo Archive » permet ainsi une multitude recherches historiques, que cela ressorte du domaine de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale (c’est notre cas), de l’archéologie, des investigations publiques ou gouvernementales, pour ne nommer que celles qui viennent immédiatement à l’esprit. Je tiens encore ici à réitérer mes remerciements, ainsi que ceux de l’équipe de CYANOPALE, à Mme Beech pour son autorisation de publication.

A ce stade, agissez toujours en gentlemen: cette section de territoire privé est occupée en tant que pâture: il y a des bovidés (très sympas) et, le comble, nos bunkers servent encore et toujours d’abris aux bestiaux !  CYANOPALE, le répète, pensez à votre démarche en tant qu’observateur: respectez le bien d’autrui, demandez les autorisations, agissez comme si c’était là votre jardin. Et de cette façon, vous visiterez à l’aise des sites chargés d’histoire bunker-archéologique

 

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Histoires du Fort de la Crèche > Chapitre 8

Il y a de ces casemates mystérieuses… Certains auteurs limitent leurs recherches à l’évidence (à ce qui a été déjà publié, s’entend), les membres du Projet La Crèche (dont moi même) vont plus loin ! Et c’est avec surprise que nous avions découvert des photos aériennes de la Royal Air Force prouvant que Crèche 1 était équipée d’un bunker de tir sur objectif naval supplémentaire à ceux qui formaient l’essentiel de la batterie. A vrai dire, dès le début de 1944, les clichés de la Photo Reconnaissance Unit de la RAF montrent bien que quelque chose se passait sur la D 96, la route qui, du croisement avec la D 940, mène à Terlincthun.

Malgré le fait que le lecteur de ces pages n’a pas encore pu découvrir les casemates de tir de type SK, nous vous proposons de faire ce détour, et un autre immédiatement après. Car, enfin, il faut se poser des questions ! La batterie de La Crèche, française, possède quatre canons de 194 mm en encuvement. Trois encuvements français sont modernisés (« bunkérisés ») par l’OT/MAA 240, un seul reste en l’état, celui de l’encuvement sud…  La puissance de feu ne suffisait donc pas aux yeux de l’état-major allemand : un cinquième canon de portée intermédiaire est placé sur la route de Terlincthun, non pas sur Crèche 1, mais sur la route même, la coupant à toute circulation « civile » ! (pour autant qu’une telle chose soit encore possible dans la « zone rouge » et à proximité immédiate d’un site militaire occupé s’entend) Hé bien, oui, l’armée allemande va construire à cet endroit un très gros bunker du type R 270, pourvu d’un canon de 10,5 cm SK C/32. Et cette fois, on peut ajouter que le préfixe « R » est à changer en « M », car il s’agit d’une construction désignée par la Kriegsmarine. A ce propos, nous verrons plus tard les axes de tir de ces différentes positions, et plus particulièrement dans un chapitre dédié à la destruction du Casino et de l’hôtel Splendid de Wimereux.

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Très beaux clichés pris par des Spitfires de reconnaissance de la RAF*

(cliquez sur les plans pour les agrandir)
© CROWN COPYRIGHT AIR PHOTO ARCHIVE KEELE UNIVERSITY ENGLAND

Disons-le tout de go, deux casemates M 270 sont toujours visibles et visitables à Framezelle. Pour y arriver, on suit un chemin cabossé, directement à gauche de la D 191, peu après la place du village. Si vous êtes face à un tracteur agricole, vous reculez… A la fin de ce chemin, plus propice aux 4x4, vous poursuivez sur une route de béton allemande dégradée, et vous vous arrêtez près d’une série de clôtures. La plupart des gars du pays passent celles-ci pour aller pêcher dans le cran des Sillers, au bas de la falaise. En direction de la Manche, vous apercevez, à votre gauche, les plots de béton d’une station radar allemande. Son bunker de commandement est fortement remblayé, mais quelques positions de défense rapprochée sont toujours visibles. A droite de cette station, et en descendant de quelques pas sur la pente vers la falaise, apparaissent deux grosses constructions. Ce sont les M 270 en question. A ce stade, agissez en gentlemen, vous n’êtes pas chez vous ! Revenons-en à Crèche 1. Dès février 1944, les photos de la RAF indiquent bien une « préparation » du terrain tout juste au sud de l’encuvement pour 194 mm : il semble que des pelles mécaniques ont aplani le sol, laissant ces traces blanches de craie sur la route  évidentes. Rapidité folle pour la construction : quelques mois ont suffit pour le faire sortir du sol. Des recherches sont effectuées par le PLC afin de trouver des photos de ce mastodonte immédiatement par la libération : nous vous tiendrons informés des démarches… Cette casemate est constituée des locaux suivants (de l’arrière vers l’avant) : l’entrée avec à gauche un tobrouk indépendant, à droite une caponnière de tir de défense ; deux grands espaces pour les munitions ; une petite salle munie d’une porte blindée pour les fusées d’obus ; une vaste chambre de tir avec deux autres portes blindées ; le mur central est pourvu de deux orifices permettant l’approvisionnement en obus.

Il est évident qu’il y a incohérence entre la masse totale de la casemate et son armement. Elle était prévue pour un canon de calibre de 15 cm et cependant équipée d’une pièce de nettement moindre importance…Ceci dit, les formidables activités aériennes de la Photo Reconnaissance Unit de la Royal Air Force méritent, à elles seules, un chapitre de l’histoire de La Crèche ; de même, les « portes belges » feront l’objet d’un appétissant paragraphe, rien que du « scoop ». Turn on and stay tuned !

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