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Dessin technique de la rotule pour plaque ou cloche. 
la MG 34 avec rotule exposée au musée de la Batterie Todt
La D 940 prise en enfilade…
vue extérieure de la plaque de blindage engoncée dans son créneau de tir de béton
à gauche, un emplacement d’optique, à droite l’orifice de la rotule pour MG 34. 
le R 105 à l’avant-plan, derrière le R 658
 
LEXIQUE
 
 
NOTES

1) Les cratères de bombe: ceux-ci sont de véritables refuges pour les végétaux typiques et la faune des côtes de la Manche, gentiment à l’abri des coups de vent, dans de petites mares sublimes de quiétude; y descendre les détruiraient à coup sûr ! Soyez respectueux de la nature et contournez ces avatars guerriers!

2) Il n’y a que seize R 105 construits dans la zone contrôlée par l’Armee Oberkommando 15 (AOK 15, le Haut Commandement de l’Armée n° 15 dont le centre névralgique est situé à Tourcoing et qui supervise la zone de la Côte d’Opale, entre autres ; un musée à visiter, voir ci-dessous). Ipso facto, le R 105 est donc rare dans le Nord/Pas de Calais, d’autant plus qu’il conserve son blindage d’acier...

3) La MG 34: Machinengewehr 34 (mitrailleuse, année de fabrication 1934), fabriquée par Mauser-Werke à Berlin, elle est calibrée en 7,92 mm; cette arme dérivée d’une fabrication suisse, mais désignée par les Allemands, est une pièce d’horlogerie; sa fabrication étant onéreuse, elle sera remplacée en 1942 par la MG 42 qui fait appel à une fabrication plus simple utilisant l’estampage de certaines pièces

Pour en savoir plus sur les mitrailleuses allemandes plusieurs choix sont proposés: de nombreux livres en français sont de stock ici ou là; je préfère réactiver votre connaissance de la langue de Goethe en vous présentant deux plaquettes chez Waffen-Arsenal, « Nahverteidigungswaffen am Westwall-Atlantikwall u.a. » de Sonja Wetzig (dont est tirée la photo de la MG 34 sur rotule), et « Deutsche Maschinengewehre MG 01 bis MG 42 im Einsatz » de Eugen A. Lisewski, tous publiés par l’excellente collection de Podzun-Pallas-Verlag (à vos moteurs internet et vous êtes chez eux!). Pour ma part, j’utilise une bible parmi les bibles, la « Small Arms of the World », 11ème édition de Edward Clinton Ezell, chez Arms and Armour Press, London datant de 1977, pour m’y retrouver… Et un coup de chapeau à un formidable auteur français: Eddy Florentin. Celui-ci a publié chez Presses de la Cité cinq ouvrages dans la série ‘La Bataille de Normandie’, il y a une douzaine d’années d’ici (et d’autres tout aussi passionnant). J’ai choisi de mettre en avant “La Rückmarsch” (‘La retraite’). Florentin a synthétisé des milliers de documents officiels, avec un talent d’écrivain/reporter indéniable. Lancez-vous et lisez ce total de quelque 3.500 pages, vous ne le regretterez pas. S’il vous semble difficile de les trouver chez votre libraire habituel, foncez sur vos moteurs de recherche...

 

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Histoires du Fort de la Crèche > Chapitre 7

C’était promis ! Le voici, le plan d’ensemble de la position fortifiée de La Crèche telle qu’elle était avant l’Opération Wellhit, l’attaque canadienne de la mi-septembre 1944. Ce croquis évoluera dans le temps, actuellement c’est un condensé de plusieurs sources. Pour vous y retrouver : en bleu foncé, les voies de communication ; en gris les champs de mines ; en pointillés noirs les réseaux de barbelés ; en lignes brunes les tranchées en zigzag ; et en carmin les murs de fortification de la batterie de La Crèche, vestiges datant de 1879.  

Les formes en noirs correspondent à des constructions toujours existantes, celles qui sont creuses signifient des emplacements disparus. Cette carte est déjà une amélioration par rapport à celle présentée lors de la conférence « Les mercredis de l’Atlantic », sous l’égide de la Ville de Wimereux. Gageons qu’elle sera encore modifiée : vous en serez informé ! Rappelons, et vous le constatez sur le plan, que seul Crèche 1 est appareillé par la Marine Nationale. Sur Crèche 3, se trouve uniquement un bunker français servant à la direction de tir des canons de 194 mm. Les photos allemandes le montrent augmenté d’un étage bétonné: il est le plus souvent prétendu que c’est une extension mise en place par la MA A 240... mais cela n’est pas certain. Les documents d’archives nous manquant à ce sujet, on peut malgré tout suspecter une construction française car un nouveau télémètre, de plus grande largeur, fut installé sur le toit de la casemate avec une nouvelle protection.  Cet édifice fut rasé par Eden 62 dans les années soixante-dix. Nous y reviendrons plus tard. Sur Crèche 2, il n’y avait rien de « français », encore que... Le visiteur habitué à se promener sur la falaise aura quelques difficultés à s’en apercevoir, heureusement, car le danger est grand de trop s’approcher du vide. (NDR Cyanopale : nous rappelons que l’accès aux bords de la falaise est dangereux, et réglementé par arrêté municipal)

Par contre, ceux d’entre vous qui sont coutumiers de la balade pédestre au bas de la falaise, sur la grève, auront sans doute remarqué ces pans de murs de béton qui dépassent horriblement du sommet, comme, si vous êtes imaginatifs, le vaisseau extra-terrestre du film ‘Alien’. Sans en être sûr, il se pourrait que ce soit un couloir bétonné pour un projecteur de la Marine. A vérifier ! Revenons-en à la zone de Crèche 1. Après avoir découvert l’encuvement sud pour canon de 194 mm, nous nous dirigeons vers la départementale 940 et plus précisément vers deux casemates allemandes. La première est quasiment dissimulée dans le talus de la route, c’est un standard de construction R 658, un abri pour réserve d’eau. L’intérieur de cette casemate, complètement remblayée, est inaccessible. Elle comprend toutefois une entrée avec double sas menant à une première chambre pourvue en théorie d’un puits et de deux citernes connexes. Sur le flanc sud apparaît une construction de briques en forme de demi-cercle assez incongrue. Cela ressemble étrangement à une sortie de secours, mais ce bunker n’était pourtant pas « habité »... Quand une casemate est équipée d’une, - ou de plusieurs -, sortie de secours, un orifice est ménagé dans le mur de celle-ci, pourvu d’une porte d’acier. La « demi colonne » de briques accolée à l’extérieur est comblée de pierrailles et de sable. Si les occupants étaient obligés de fuir, ils ouvraient la porte blindée, vidaient le contenu de la « demi colonne » de ses gravats à l’intérieur du bunker et ceci réalisé, grimpaient des barreaux celés dans la paroi du mur de béton et, ouf !, s’enfuyaient au nez et à la barbe des assaillants. Faut-il souligner l’extrême stupidité de ce raisonnement. Imaginez un instant le temps nécessaire au déblaiement de la sortie de secours, et le fait que le commando ennemi ne soit qu’à quelques dizaines de mètres de là...

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Plan du R 105 de Crèche 1 (cliquez sur le plan pour l'agrandir)

Et pourtant de nombreuses casemates en furent équipées. Nous y reviendrons plus tard. Pour ce qui est de l’existence d’un éventuel puits, cela reste assez mystérieux. Pour la petite histoire, le bunker de commandement situé dans la contre-escarpe du fort d’Alprech possède, sur son flanc sud, trois portes blindées menant à autant de sorties de secours. Rarissime et fou à la fois ! Remontons la pente vers l’est en slalomant entre les cratères de bombes (voir les notes) pour atteindre le bunker de flanquement de type R 105. Cette casemate est particulièrement intéressante et à plusieurs titres. Cette construction correspond à un standard ancien utilisé sur la ligne « Siegfried » et non pas à un standard plus récent, amélioré, de la série des Regelbaute 600 comme toutes les autres casemates situées sur La Crèche. On ignore la raison de ce choix par l’Organisation Todt, mais une idée peut être émise. L’OT possédait des stocks de coffrages de planches pré-montés (des espèces de kits), avec marquages et numérotations pour le positionnement vis-à-vis du plan initial. Comme les bunkers de défense de La Crèche devaient sortir de terre à l’unisson, on peut suggérer qu’il n’y avait pas assez de kits pour R 600 et qu’un kit pour R 105 était disponible, quasiment sous la main... Simple suggestion, bien sûr. Cette casemate pour mitrailleuse (MG-Kasemate) destinée à la défense d’un Stüztpunkt propose un plan assez compliqué. On y trouve une entrée protégée par une caponnière externe; un sas permet d’accéder à la chambre de troupe qui se termine par un local à provisions; la chambre de troupe mène à la caponnière externe ainsi qu’à un local permettant l’accès à la cloche d’observation blindée et à la chambre de tir.

Notre R 105 a été atteint par une bombe et la porte d’entrée est détruite, nous y pénétrons donc directement par la chambre de troupe et cela avec quelques soucis... Le Projet La Crèche a prévu un nettoyage lourd. Par contre la chambre de tir est intacte, encore que l’arme et les optiques de tir ont disparu. Ce qui est particulièrement intéressant est le fait que la plaque d’acier de blindage est, elle, toujours en place. Toutes les plaques des autres casemates de flanquement du site de La Crèche ont été ferraillées et, sans doute, décelées à l’explosif. Cette plaque d’un poids avoisinant les douze tonnes est aussi curieuse: normalement elle est munie d’un seul orifice dans lequel est fixé une optique de visée, ici il y en a deux ! Au centre de la plaque, un orifice de quelque 25 cm de diamètre servait à l’appareillage de la mitrailleuse MG 34 (voir les notes) sur rotule blindée. Sur la droite de la chambre de tir, un dessin au trait noir semble présenter un plan de tir simplifié. Et quand on regarde par ce trou de fer légèrement rouillé, un spectacle terrible frappe l’observateur: ce bunker était vraiment bien situé, on pouvait “arroser” la station d’essence à l’entrée de Wimereux après quelques coups de réglage, et couvrir toute la montée de la D 940 ! Cet édifice est bien un R 105, mais il n’est pas muni de sa cloche d’observation blindée. Nous ignorons la raison de cette absence, encore que la cloche destinée à une vision sur 360°, si elle était en place, sa « portée » ne couvrirait qu’une grosse moitié de ce qu’ils auraient pu attendre si le bunker avait été placé plus haut sur la pente, tellement haut que le débattement vertical de la MG 34 n’aurait pas couvert la route

Ces deux exemples de bunkers révèlent bien les difficultés entre la théorie et le terrain. Sorties de secours folles, non installation d’une tour d’observation. Pragmatisme d’un côté et de l’autre application “le doigt sur la couture du pantalon” des Regelbaute...  Ces réflexions signifient bien que chaque bunker rencontré doit être observé et “resitué” dans son contexte à la fois géographique et pratique. La prochaine page vous proposera un bunker qui a totalement disparu, enfin, presque…

Quelques visites à programmer: Le musée “Message Verlaine” : formidable musée dédié aux communications de l’Armée allemande, les visites sont guidées par de jeunes passionnés; il faut compter une bonne heure pour en faire le tour (et ce n’est qu’un seul bunker !). Et également le musée de la Batterie Todt est peut-être un peu brouillon, mais quel richesse ! Et il possède le seul exemplaire en Europe du canon sur voie ferrée de type K5, utilisé sur la côte d’Opale.

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