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Histoires
du Fort de la Crèche > Chapitre 7
C’était
promis ! Le voici, le plan d’ensemble
de la position fortifiée de La Crèche
telle qu’elle était avant l’Opération
Wellhit, l’attaque canadienne de la
mi-septembre 1944. Ce croquis évoluera dans
le temps, actuellement c’est un condensé
de plusieurs sources. Pour vous y retrouver :
en bleu foncé, les voies de communication ;
en gris les champs de mines ; en
pointillés noirs les réseaux de barbelés ;
en lignes brunes les tranchées en zigzag ;
et en carmin les murs de fortification de la
batterie de La Crèche, vestiges datant de
1879.
Les
formes en noirs correspondent à des
constructions toujours existantes, celles
qui sont creuses signifient des emplacements
disparus. Cette carte est déjà une amélioration
par rapport à celle présentée lors de la
conférence « Les mercredis de l’Atlantic »,
sous l’égide de la Ville de Wimereux.
Gageons qu’elle sera encore modifiée :
vous en serez informé ! Rappelons,
et vous le constatez sur le plan, que seul
Crèche 1 est appareillé par la Marine
Nationale. Sur Crèche 3, se trouve
uniquement un bunker français servant à la
direction de tir des canons de 194 mm. Les
photos allemandes le montrent augmenté
d’un étage bétonné: il est le plus
souvent prétendu que c’est une extension
mise en place par la MA A 240... mais cela
n’est pas certain. Les documents
d’archives nous manquant à ce sujet, on
peut malgré tout suspecter une construction
française car un nouveau télémètre, de
plus grande largeur, fut installé sur le
toit de la casemate avec une nouvelle
protection. Cet édifice
fut rasé par Eden 62 dans les années
soixante-dix. Nous y reviendrons plus tard. Sur
Crèche 2, il n’y avait rien de « français »,
encore que... Le visiteur habitué à se
promener sur la falaise aura quelques
difficultés à s’en apercevoir,
heureusement, car le danger est grand de
trop s’approcher du vide. (NDR
Cyanopale : nous rappelons que l’accès
aux bords de la falaise est dangereux, et réglementé
par arrêté municipal)
Par
contre, ceux d’entre vous qui sont
coutumiers de la balade pédestre au bas de
la falaise, sur la grève, auront sans doute
remarqué ces pans de murs de béton qui dépassent
horriblement du sommet, comme, si vous êtes
imaginatifs, le vaisseau extra-terrestre du
film ‘Alien’. Sans en être sûr, il se
pourrait que ce soit un couloir bétonné
pour un projecteur de la Marine. A vérifier
! Revenons-en à la zone de Crèche 1. Après
avoir découvert l’encuvement sud pour
canon de 194 mm, nous nous dirigeons vers la
départementale 940 et plus précisément
vers deux casemates allemandes. La première
est quasiment dissimulée dans le talus de
la route, c’est un standard de
construction R 658, un abri pour réserve
d’eau. L’intérieur
de cette casemate, complètement remblayée,
est inaccessible. Elle comprend toutefois
une entrée avec double sas menant à une
première chambre pourvue en théorie d’un
puits et de deux citernes connexes. Sur le
flanc sud apparaît une construction de
briques en forme de demi-cercle assez
incongrue. Cela ressemble étrangement à
une sortie de secours, mais ce bunker n’était
pourtant pas « habité »...
Quand une casemate est équipée d’une, -
ou de plusieurs -, sortie de secours, un
orifice est ménagé dans le mur de
celle-ci, pourvu d’une porte d’acier. La
« demi colonne » de briques
accolée à l’extérieur est comblée de
pierrailles et de sable. Si les occupants étaient
obligés de fuir, ils ouvraient la porte
blindée, vidaient le contenu de la « demi
colonne » de ses gravats à l’intérieur
du bunker et ceci réalisé, grimpaient des
barreaux celés dans la paroi du mur de béton
et, ouf !, s’enfuyaient au nez et à la
barbe des assaillants. Faut-il souligner
l’extrême stupidité de ce raisonnement.
Imaginez un instant le temps nécessaire au
déblaiement de la sortie de secours, et le
fait que le commando ennemi ne soit qu’à
quelques dizaines de mètres de là...
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| Plan
du R 105 de Crèche 1 (cliquez sur le
plan pour l'agrandir) |
Et
pourtant de nombreuses casemates en furent
équipées. Nous y reviendrons plus tard.
Pour ce qui est de l’existence d’un éventuel
puits, cela reste assez mystérieux. Pour la
petite histoire, le bunker de commandement
situé dans la contre-escarpe du fort d’Alprech
possède, sur son flanc sud, trois portes
blindées menant à autant de sorties de
secours. Rarissime et fou à la fois ! Remontons
la pente vers l’est en slalomant entre les
cratères de bombes (voir les notes) pour
atteindre le bunker de flanquement de type R
105. Cette casemate est particulièrement
intéressante et à plusieurs titres. Cette
construction correspond à un standard
ancien utilisé sur la ligne « Siegfried »
et non pas à un standard plus récent, amélioré,
de la série des Regelbaute 600 comme toutes
les autres casemates situées sur La Crèche.
On ignore la raison de ce choix par
l’Organisation Todt, mais une idée peut
être émise. L’OT possédait des stocks
de coffrages de planches pré-montés (des
espèces de kits), avec marquages et numérotations
pour le positionnement vis-à-vis du plan
initial. Comme les bunkers de défense de La
Crèche devaient sortir de terre à
l’unisson, on peut suggérer qu’il n’y
avait pas assez de kits pour R 600 et
qu’un kit pour R 105 était disponible,
quasiment sous la main... Simple suggestion,
bien sûr.
Cette casemate
pour mitrailleuse (MG-Kasemate) destinée à
la défense d’un Stüztpunkt propose un
plan assez compliqué. On y trouve une entrée
protégée par une caponnière externe; un
sas permet d’accéder à la chambre de
troupe qui se termine par un local à
provisions; la chambre de troupe mène à la
caponnière externe ainsi qu’à un local
permettant l’accès à la cloche
d’observation blindée et à la chambre de
tir.
Notre
R 105 a été atteint par une bombe et la
porte d’entrée est détruite, nous y pénétrons
donc directement par la chambre de troupe et
cela avec quelques soucis... Le Projet La Crèche
a prévu un nettoyage lourd.
Par contre la chambre de tir est
intacte, encore que l’arme et les optiques
de tir ont disparu. Ce qui est particulièrement
intéressant est le fait que la plaque
d’acier de blindage est, elle, toujours en
place. Toutes les plaques des autres
casemates de flanquement du site de La Crèche
ont été ferraillées et, sans doute, décelées
à l’explosif. Cette plaque d’un poids
avoisinant les douze tonnes est aussi
curieuse: normalement elle est munie d’un
seul orifice dans lequel est fixé une
optique de visée, ici il y en a deux ! Au
centre de la plaque, un orifice de quelque
25 cm de diamètre servait à
l’appareillage de la mitrailleuse MG 34
(voir les notes) sur rotule blindée. Sur
la droite de la chambre de tir, un dessin au
trait noir semble présenter un plan de tir
simplifié. Et quand on regarde par ce trou
de fer légèrement rouillé, un spectacle
terrible frappe l’observateur: ce bunker
était vraiment bien situé, on pouvait
“arroser” la station d’essence à
l’entrée de Wimereux après quelques
coups de réglage, et couvrir toute la montée
de la D 940 ! Cet édifice est
bien un R 105, mais il n’est pas muni de
sa cloche d’observation blindée. Nous
ignorons la raison de cette absence, encore
que la cloche destinée à une vision sur
360°, si elle était en place, sa « portée »
ne couvrirait qu’une grosse moitié de ce
qu’ils auraient pu attendre si le bunker
avait été placé plus haut sur la pente,
tellement haut que le débattement vertical
de la MG 34 n’aurait pas couvert la route
Ces
deux exemples de bunkers révèlent bien les
difficultés entre la théorie et le
terrain. Sorties de secours folles, non
installation d’une tour d’observation.
Pragmatisme d’un côté et de l’autre
application “le doigt sur la couture du
pantalon” des Regelbaute... Ces
réflexions signifient bien que chaque
bunker rencontré doit être observé
et “resitué” dans son contexte à la
fois géographique et pratique. La
prochaine page vous proposera un bunker qui
a totalement disparu, enfin, presque…
Quelques
visites à programmer: Le musée “Message
Verlaine” : formidable musée dédié
aux communications de l’Armée allemande,
les visites sont guidées par de jeunes
passionnés; il faut compter une bonne heure
pour en faire le tour (et ce n’est qu’un
seul bunker !). Et également le
musée de la Batterie Todt est peut-être un
peu brouillon, mais quel richesse ! Et
il possède le seul exemplaire en Europe du
canon sur voie ferrée de type K5, utilisé
sur la côte d’Opale.
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