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Le blues du factionnaire, en arrière-plan, l’anticlinal de la Crèche
Le poste de direction de tir de nos jours et en incrustation l’édifice modernisé par la Kriegsmarine.  
Côte d’Opale, avez-vous dit ?
Les ouvrages allemands de l’extrême pointe
Un Spitfire de couleur rose vient de passer sur la Pointe en 1994.
 
QUELQUES LIVRES...
Les trois tomes de R. Heinz Zimmermann, « Der Atlantikwall von Dünkirchen bis Cherbourg », en langue allemande sont connus de tous les amateurs et se trouvent assez facilement en occasion sur le net. Certes, uniquement pour les collectionneurs.
L’excellent volume de Henri Ortholan « Le Général Séré de Rivières, le Vauban de la revanche », Bernard Giovanangeli Editeur, Paris 2003, est formidable. L’étude d’un homme remarquable, véritable roman qui se lit de bout en bout en une nuit ou deux. Que dire de plus ! Remarquons que l’auteur passe à la trappe de l’histoire les forts de côte pour ne s’intéresser qu’à la façade Est de la France. Un deuxième volume sous la manche ? 
Remue-méninges du côté des Flandres avec les 339 pages bien compactées de l’équipe formée de Frank Philippart, Dirk Peeters et Alain Van Geeteruyen pour leur « De Atlantik Wall », en langue néerlandaise, chez Lannoo, Tielt (B) 2004. Un périple européen de la Hollande en passant par la Belgique pour se terminer en baie de Somme, le tout agencé sous forme d’un gigantesque itinéraire avec pas mal d’informations pour comprendre ce qui s’est passé en ces temps-là.
Le 60e anniversaire du D-Day s’estompe, les média s’en sont donné à cœur joie, démarquons-nous avec ce beau livre au format paysage de Chris Going et Alun Jones « Above the battle, D-Day, the lost evidence », Crécy Publishing Ltd., Manchester 2004. Il s’agit de la couverture des plages du débarquement à l’aide de photos aériennes prises par les aviations Alliées. Très, très intéressant pour ceux qui n’ont pas leur carte d’accès VIP au TARA, le fameux site internet de l’Université de Keele dont nous avons déjà parlé.
Enfin, signalons le très bel ouvrage de Christian Bailleux « De Bonaparte... à Napoléon, le port de Wimereux », A.B.C.2.E., Association Boulogne Culture Editions Expositions, 2004. Vous y trouverez tout ce qu’il faut savoir sur les forts napoléoniens et les ports du Boulonnais, grâce aux textes érudits, et de nombreux plans et illustrations.
 
REMERCIEMENTS
Une fois de plus, c’est avec le plus grand plaisir que nous remercions « The Aerial Reconnaissance Archives-TARA » de l’Université de Keele (UK) et son Directeur, Mme. Marylyn Beech, pour leur autorisation de reproduction. Les photos aériennes de la Photo Reconnaissance Unit de la Royal Air Force sont extraites de clichés « Crown Copyright Air Photo Archive Keele University, England ».

 

LEXIQUE
Vf  Verstärkt Feldmässiger, ouvrage de campagne renforcé, sans ventilation autonome ni porte blindée, bétonnage de faible épaisseur.
Anticlinal pli géologique convexe, celui de la Crèche est parfaitement visible quand on regarde la falaise de la plage (tout juste en-dessous de C2).
Fortif cette ‘expression’ couvre la fortification des deux derniers siècles, histoire de se décaler des aspects typiquement allemands de la Seconde Guerre mondiale.
Ostfront le front de l’Est, la guerre en URSS...
 

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Histoires du Fort de la Crèche > Chapitre 15

Ainsi nous terminons notre périple en visitant  la zone dite « Crèche 3 », celle qui se situe sur la Pointe même. Et plus particulièrement la zone formée par la D 940, à l’Est, et les deux flancs du promontoire. Crèche 3 ?, y avait-il alors un Crèche 1 et un Crèche 2 ? Question lancinante qui interpelle plus d’un bunker archéologue ! Où trouve-t-on une source quelconque sur cette numérotation recopiée d’articles en livres ? A vrai dire aucune ou presque. Le Fort de la Crèche, du temps de son occupation allemande, est codé « StP 221 Arnika ». Point. Un seul inventaire de la position datant de 1942 indique, en titre, « Crèche I-III », vous voyez ce que je veux dire ? Il faudra encore approfondir les recherches pour connaître en détail la véracité de l’acception « Crèche 1, 2 et 3». On s’en occupe ! Pour la première fois dans cette chronique, il n’y aura pas de plan de situation des constructions militaires. En effet, tout le pourtour de la Pointe est zone dangereuse et dûment indiquée comme telle par des panneaux. Or, je l’ai souvent constaté, une très faible minorité de visiteurs (ou habitués) tient compte des avertissements officiels. De plus, trop de précisions pourraient tenter certains téméraires d’entreprendre des excursions risquées.

Pour se situer, notre promenade débute au Nord de la Pointe de la Crèche, avec les bunkers R 671 dans le dos, le long de la falaise. Nous ratisserons la zone du Nord vers le Sud en tranches situées entre la D 940 et la falaise. La première position est, somme toute, incongrue, une espèce de guérite légèrement bétonnée à l’aplomb de la falaise, le ‘blues’ assuré la nuit pour le factionnaire de service. Transversalement, le long de la D 940 et en face du bunker SK Nord, où se trouve le petit parking et la clôture piétonnière, on aperçoit des murets de béton qui forment deux sortes d’enclos. Ceux-ci étaient destinés à recevoir graviers et matériaux pour la construction de la jetée septentrionale du port de Boulogne. L’édification de cette digue avait débuté avant-guerre et un téléférique amenait les matériaux sur le quai situé sur l’estran, immédiatement au Nord de la Pointe. On peut toujours voir un réseau de voies Decauville de 60 cm mener vers la digue. A ce sujet, la tour du téléférique fut l’objet d’un conflit entre l’entrepreneur et la Marine française: il pouvait servir d’amer et devait pouvoir être démonté dans les plus brefs délais en cas de belligérance. 

Toujours le long de la D 940, à peine visible de nos jours et sur un terrain clôturé, se devine un bunker de type R 630, créneau de tir dirigé vers le rond-point et la descente de la route vers le port. Autre construction remarquable est le poste de direction de tir français (PDT), celui qui exploitait l’armement du Fort, les canons de 194 mm issus de la modernisation des années 30-35. Le MAA 240 avait ajouté une superstructure bétonnée sur son toit pour y abriter un télémètre de 5 m, semble-t-il. Ce dispositif a été détruit dans les années 90. Les quatre points cités ci-dessus permettent de dessiner un trapèze grossier. Plusieurs casemates allemandes ont été construites sur cet espace: un bunker pour projecteur de 120 cm et un autre détruit, deux bunkers pour protection de troupes du type R 621, deux positions de Flak et d’autres constructions légères... toutes ont disparu ! Soit, elles furent détruites, soit, elles furent remblayées, cela il y a plus d’une vingtaine d’années.  

Que s’était-il passé ? Il faut se replacer à cette époque, 30 ans après la guerre. Les blockhaus de Crèche 2 et 3 sont totalement abandonnés, ceux de Crèche 1 sont toujours propriété de la Marine. Une association voit le jour en 1977 (Association pour la protection et l’aménagement du site de la Crèche – APASC, renommé par la suite « Les amis de la Crèche ») qui décide la destruction pure et simple de toutes les casemates de la Pointe de la Crèche. Le but: rendre à la nature cet espace merveilleux et en faire un endroit de loisir et de détente. Fort bien, sans jeu de mots. Souvenez-vous, la « fortif » existait à peine et l’expression ‘bunker archéologie’ n’avait pas encore vu le jour ! C’est de la sorte que les R 621 disparurent sous terre (1 m² est repérable), le bunker pour projecteur également ainsi que d’autres blockhaus difficilement identifiables.

Reportons-nous maintenant sur l’axe déterminé par le PDT et le R 630 pour porter notre regard sur la bande de terrain débutant au rond-point de la D 940 et courant vers la Pointe de la Crèche, côté sud. A mi-distance, nous trouvons une casemate de type inconnu et fortement couverte de terre (souvent qualifiée de « SK » ‘Sonderkonstruktion’, construction spéciale) dont on aperçoit quelques m² de son pied-droit extérieur gauche. Elle domine le chemin dit ‘des douaniers’, qui a été fortement remodelé depuis. Une autre du type R 611 agrandie en « SK » suivie d’une dernière du type R 669, elle aussi agrandie en « SK ». Et pour cause ! Elles étaient toutes deux intimement associées à un s outerrain bétonné par l’Organisation Todt. Le créneau de tir du bunker R 611, tout comme le R 669, couvre la plage de Boulogne et l’arrière de celui-ci donne accès à un long couloir menant au dit souterrain.  Ce dernier est complexe: 2 volées d’escaliers conduisant à des sorties protégées par armes légères, 4 longs couloirs de stockage disposés perpendiculairement, etc. Il mène, vers l’Ouest, à un observatoire de type « SK » disparu. Et plus loin encore sur la Pointe, s’érigeait un bunker de type R 634 équipé d’une cloche blindée à 6 créneaux pour mitrailleuses MG 34. La cloche a été ferraillée et le bunker détruit à une date inconnue. Le souterrain aboutissait à ce blockhaus. Une cloche pour mitrailleuses ? A cet endroit, avec devant elle un dénivelé abrupt de 40 m ? Pour tirer sur les mouettes ? Une cloche munie d’un périscope aurait été sans doute plus utile.

Du souterrain et remontant la pente vers l’Est, un premier escalier bétonné avec grand soin donnait accès à l’arrière du PDT. Cette ‘sortie’ a complètement disparu. Le deuxième escalier, à 3 volées, débouchait plus vers le Nord-Est et fut condamné par une masse de béton et de terre. Par contre, vu de la surface, une casemate « SK » protégeant l’accès au souterrain est toujours visible, engoncée dans une sorte d’entonnoir. Là aussi, une volée de marches de ciment a disparu. Sont encore discernables plusieurs réseaux de tranchées qui courent en zigzag sur le massif surplombant le chemin ‘des douaniers’. La construction de ce souterrain a certainement été un énorme chantier (des photos aériennes le prouvent) et sans commune mesure par rapport à son efficacité défensive réelle. Mieux valait creuser et bétonner que de se trouver sur l’Ostfront ! Le bunker de type R 669 fut détruit en décembre 1983, en fanfare, par l’association dont nous avons parlé plus haut.

Nous descendons toujours la déclivité de l’extrême Pointe de la Crèche. Ici, encore, il est nécessaire de répéter que cette zone est dangereuse et que des panneaux avertissent dûment les curieux ! Nous y trouvons un petit observatoire à ciel ouvert (en piteux état !) à proximité d’une petite position pour un projecteur de 60 cm dont les gaines de briques pour l’alimentation électrique sont toujours visibles. Après une première volée de marches cimentées, on atteint, - disons à mi-hauteur de la falaise -, une série de blockhaus de type « Vf », soit faiblement bétonnés. Ensuite une autre volée de marches érodées permet l’accès direct à l’estran et... aux seuls reliquats du véritable fort de la Crèche, le napoléonien !, dont l’assise rocheuse est toujours devinable, à marée basse, au pied de la jetée Nord. 

Si vous souhaitez visiter cette zone de la Pointe, il est conseillé
a)  de ne pas emprunter les escaliers de la Pointe
b)  de se renseigner s ur l’heure des marées et de la météo
c)  par Wimereux, d’emprunter la plage et voir le bunker R 671 tombé de la falaise et admirer le formidable anticlinal de la Crèche
d)  par Boulogne, de suivre la plage vers la Pointe
e)  de compter deux heures aller-retour

En bunker archéologie comme en bien d’autres centres d’intérêt plutôt spécialisés, cette maxime de Bouddha convient parfaitement: «La patience est la plus grande des prières».

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ANNEXE // Note de l'auteur 

Sommes-nous au bout de nos peines ? Certainement pas, le Fort de la Crèche restera encore longtemps un site historique entrelacé de pans d’ombres. La terre, la pierre, le béton, l’acier, - dans quel ordre ? -, participent à son histoire vieille de deux siècles. Les hommes qui l’ont fréquenté pour des raisons forcément militaires pendant la dernière guerre, ont pour la plupart disparus. Manfred, un artilleur du MAA 240 avec lequel j’étais en contact, a disparu il y a plus d’un an. Je crois que c’était l’un des derniers survivants de ce groupe. J’espère me tromper, hélas le temps passe... Peut-être que Michael Schmeelke, s’il lit ces lignes, pourrait nous fournir d’autres enseignements sur les derniers occupants de la Crèche: une bouteille à la mer de plus (‘Eine Flaschenpost !’). Avant d’entreprendre notre visite, je crois nécessaire d’informer l’internaute fidèle à Cyanopale des points suivants:  

1)  j’ai démissionné de la présidence de l’Association Fort de la Crèche en juin 2004. L’AFLC se développant bien, je pense que la préservation du Fort est parfaitement engagée. Il faut savoir s’arrêter, j’ai mené « la lutte » depuis 1996, avec Guy Bataille et une poignée de camarades : c’était le temps du « Projet la Crèche ». Puis, l’Association est née. Il était pour moi compliqué de gérer le bouillonnement des six derniers mois à 250 km de distance. Donc, le 18 juin 2004, s’est tenue à Wimereux une Assemblée générale extraordinaire couplée à une Assemblée générale ordinaire. Un nouvel exécutif a été mis en place, présidé par Yves Laurenge, soutenu par un nouveau comité de direction. Je leur souhaite à tous sans exception plein succès dans leur travail d’animation.

2)  Cette 15e chronique est dès lors la dernière concernant le Fort de la Crèche puisque nous en avons fait le tour. Fabien Rodinger, webmestre de Cyanopale, et moi-même réfléchissons à une nouvelle série de chroniques historiques dans le Boulonnais. Vous en serez informés sur ce site.

En ce qui me concerne, je poursuivrai, en compagnie d’excellents compagnons, les investigations en matière de bunker archéologie dans cette superbe région du Pas-de-Calais... Soyez tous et chacun remerciés pour votre fidélité de lecture de ces chroniques, pour vos courriels d’encouragement, bref, pour votre soutien dans cette aventure.
Robert Dehon

 
     
       
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