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‘Sultan’, le brave-chien-chien, surveille ‘sa’ position 
Le 94 Vickers et son formidable panorama (via internet)
Le R 671 sur la grève, au fil des tempêtes, le sol de galets peut être fortement modifié.
Un bon vieux 500 mm à miroir permet ce cliché à partir d’un hôtel de Wimereux
Les stencils étaient déjà peu lisibles il y a une dizaine années…
Au milieu des escaliers, l’entré du bunker Métro
Ne manque que le canon !, 10,5 cm ou 90 mm ?
L’enfilade de R 671
Le sentier de crête avec, à droite une cheminée de briques du bunker pour troupe.
 
LEXIQUE
StP Arnika du nom d’une petite plante de montagne aux fleurs jaunes (composacées), nombre de positions allemandes de la région font appel à des termes de végétaux (rappelez-vous l’histoire du Konteradmiral Frisius) ; « Arnika » est le nom générique couvrant Crèche 1, 2 et 3 ; l’appellation « Blücher » pour ce qui est de Crèche 1 ne correspond à aucune nomenclature allemande (quelques vérifications en cours permettront sans doute de connaître l’utilisation de ce nom…)
40 mm Bofors Ce canon de DCA d’origine suédoise est commandé par l’Angleterre en 1937 où il sera manufacturé ainsi qu’au Canada; avec un plafond d’un peu moins de 7.000 m, sa portée effective est de 1.500 m à cause d’un problème de munitions; c’est donc un canon ‘intermédiaire’ et bien entendu de prise.
94 mm Vickers M 39(e) Il est fabriqué par Vickers-Armstrong dès avril 1936, cette pièce de DCA de calibre 3.7 inch Mark 1/2 tire un obus de 12,75 kg pour un plafond effectif de 7.000 m; elle était aussi utilisée contre les blindés; le « (e) » signifie une arme de prise (« engeland »).
Sogplatte Il s’agit d’une sorte de parement de blocs de béton préfabriqués, placés devant le créneau de tir, permettant l’évacuation des gaz; les crochets de pose sont encore parfaitement visibles.
10,5 cm type SK/C 32 Il est fabriqué par Rheinmetall-Borsig, l’appellation complète s’écrit 10,5 cm Schiffkanone C/32 in 8,8 cm Marine pivot Lafette C/30D; une pièce assez complexe et moderne pour l’époque; de nombreux matériels furent réutilisés par la France après guerre; Schiffkanone signifie ‘canon pour navire’, originalement monté pour tirs de DCA.
 
NOTES
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Histoires du Fort de la Crèche > Chapitre 13

En face du bunker SK Nord, sur le flanc ouest de la D 940, là où se trouve un petit parking faiblement aménagé, se partagent les zones dites Crèche 2 et 3, respectivement à droite et à gauche quand on regarde la Manche. Par rapport à Crèche 1 qui a été relativement peu touché par la « débunkerisation » puisque, jusqu’à peu, propriété de la Marine et interdit de visite, les deux autres positions ont été fortement réaménagées au cours des 40 dernières années. Notre promenade couvrira en toute logique d’abord Crèche 2. Pour y accéder, il faut premièrement passer la barrière par un sas de madriers qui empêche les poneys shetland d’accéder à la route. A ce sujet, ces sympathiques petits quadrupèdes doivent être laissés en paix et méfiez-vous de leurs ruades intempestives... Ensuite on longe la clôture sur un chemin de pierrailles en direction de la falaise. Remarquez, à votre droite et au-delà de la clôture, un vaste terrain agricole: par respect du bien privé on ne le traverse pas. Quand on arrive à proximité de la falaise, on emprunte le chemin de grande randonnée du littoral, vers le nord. Toute la bande de terrain qui suit la falaise et descend doucement vers Wimereux, est gérée par le Syndicat mixte Eden 62 (tout comme la zone Crèche 3). Actuellement une signalisation précise les dangers d’effondrement de pans de falaise: prudence et responsabilité sont de mise ! D’autant plus que des portions du sentier sur le talus, plus « tentant » que le GR, peuvent offrir quelques difficultés de passage, cela sans oublier les rafales de vent qui s’avèrent parfois redoutables.

Le plan de Crèche 2 permet de se faire une idée de la position allemande, celle-ci couvrait une grande partie du terrain agricole, quoi mais délimitée à une portion de ce dernier. Poursuivant la pente vers Wimereux, à proximité de l’emplacement du Casino et de l’Hôtel Splendid aujourd’hui disparus, se trouvait un point d’appui, au sud de la cité balnéaire. Curieusement des photos aériennes de la RAF (ou d’autres de l’IGN) révélaient encore les traces d’un immense camp de repos de la Grande Guerre. En effet, Wimereux était une base arrière dont la plupart des hôtels étaient réquisitionnés en tant qu’hôpitaux, nous y reviendrons un jour.

Il est à noter l’excellence du camouflage des positions de tir : les bunkers sont noyés dans le talus, les canons de DCA étant dissimulés immédiatement à l’arrière de celui-ci. Imaginez les filets de camouflage posés, les positions devaient être très difficiles à repérer pour l’ennemi venant de la Manche. Le premier vestige observé sur la falaise est un minuscule poste d’observation, plus un abri pour une sentinelle qu’autre chose. Quelques dizaines de mètres plus loin, on découvre une casemate de type inconnu consistant en un encuvement de section carrée qui surmonte un local pour munitions. 

Seul subsiste le « cordon » de la falaise, l’agriculture a repris ces droits jusqu’à la D 940, oblitérant une grande part des traces.
Le petit abri et la perspective vers Wimereux
Le parapet rectangulaire est intact, quant au reste…

Ce bunker assez ébranlé était doté d’un canon de DCA de 4 cm Flak 28 Bofors. L’accès interne est assez compliqué et ne mérite pas d’éventuelles écorchures. Moins de cent mètres plus loin on découvre la concentration bétonnée la plus intéressante de Crèche 2: deux encuvements pour canon de DCA et trois casemates pour tir sur buts marins. Débutons par les encuvements octogonaux pour canons de 94 mm Vickers M 39(e), pièces de prise d’origine britanniques. Chaque encuvement possède cinq niches assez spacieuses pour le matériel et les munitions d’urgence. La réserve d’obus encartouchés se situe dans une soute bétonnée extérieure engoncée dans le talus, un escalier y donne accès. Dans les deux cas les soutes sont des ruines. Par contre les encuvements sont intacts... mais régulièrement squattés, et il peut y avoir quelques chiens. Curieusement, le standard de construction allemand (Regelbau) est inconnu. Ces constructions sont situées une demi-douzaine de mètres à l’est du talus.

Sous le talus, on découvre, - du sud vers le nord -, une succession de deux bunkers de type R 671, un bunker de protection pour troupe suivi d’un troisième R 671. En vérité il y avait un quatrième R 671 qui s’est effondré, quelque 50 m plus bas, avec un flanc de falaise assez conséquent, cela à une date d’après guerre non précisée. Les débris du bunker sont visibles sur la plage, le socle formant une espèce de « pont »: une vue très impressionnante ! Les trois R 671 sont assez difficiles d’accès par l’arrière pour cause de broussailles, ce qui laisse supposer que la tentation sera forte d’y pénétrer par la chambre de tir... c’est-à-dire en passant par le sommet du talus et en descendant la pente abrupte. Très dangereux par mauvais temps !, et dangereux par météo normale, car si les deux premiers bunkers sont relativement « faciles », le « Sogplatte » du troisième s’arrête actuellement sur le vide! Ces bunkers étaient équipés de canons 10,5 cm type SK/C 32 lit-on majoritairement, cela n’est pas sûr, d’autres sources indiquent un calibre de 90 mm. Affaire à suivre ! Et c’est dire la complexité d’ensemble du StP Arnika: tous les textes publiés à ce jour sont à la fois faux ou franchement incomplets!

Le bunker R 671 ne possède pas de chambre pour troupe intégrée, seulement deux soutes pour munitions de chaque côté de la porte arrière. Les trois constructions sont en bon état mais dans tous les cas les soutes sont assez abîmées. Il y a une dizaine d’années des traces de camouflage pouvaient encore être devinées sur les pans de béton extérieur, au niveau du front Todt. Jouxtant le R 671 nord se trouve une casemate pour troupe dont le standard de construction est également bien compliqué à définir. Une double entrée est accessible par deux volées de marches en béton, entre ces dernières on voit un petit abri en tôles « métro » d’une profondeur de quelque 3 m. Sans doute pour une réserve d’eau mais on a dit aussi qu’il pourrait s’agir d’un chenil. Que d’énigmes ! La preuve ces deux stencils sur les linteaux d’acier des portes: à gauche « Narvik », à droite « Grötsund ».

Si le premier terme vient facilement à l’esprit, le second nécessite une bonne carte du nord de la Norvège, mais le nom provient de la même région. En fait, dans ces invraisemblables mouvements de troupes de l’armée allemande, un groupe de soldats de la marine basés en Norvège furent postés sur Crèche 2. On peut supposer une certaine langueur de ce coin tranquille... Six mois plus tard, ils retournaient vers les Lofoten, c’est toujours mieux que le front de l’est, n’est-ce pas ? Cet emplacement est aussi souvent squatté. Pour visiter Crèche 3, nous devrons remonter vers la Pointe de la Crèche. Nous en profiterons pour décrire « l’arrière » de ces positions et s’intéresser au Casino et au Splendid. A bientôt et soyez toujours prudents sur cette magnifique falaise !

Le plan du bunker R 671 provient de l’excellente monographie « Atlantikwall Regelbau Serie 600 » de Yannick et Chantal Delefosse, des pionniers du temps où la bunker archéologie n’était pas encore inventée.

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