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Histoires
du Fort de la Crèche > Chapitre 13
En
face du bunker SK Nord, sur le flanc ouest
de la D 940, là où se trouve un petit
parking faiblement aménagé, se partagent
les zones dites Crèche 2 et 3,
respectivement à droite et à gauche quand
on regarde la Manche. Par rapport à Crèche
1 qui a été relativement peu touché par
la « débunkerisation » puisque,
jusqu’à peu, propriété de la Marine et
interdit de visite, les deux autres
positions ont été fortement réaménagées
au cours des 40 dernières années. Notre
promenade couvrira en toute logique
d’abord Crèche 2. Pour y accéder, il
faut premièrement passer la barrière par
un sas de madriers qui empêche les poneys
shetland d’accéder à la route. A ce
sujet, ces sympathiques petits quadrupèdes
doivent être laissés en paix et méfiez-vous
de leurs ruades intempestives... Ensuite on
longe la clôture sur un chemin de
pierrailles en direction de la falaise.
Remarquez, à votre droite et au-delà de la
clôture, un vaste terrain agricole: par
respect du bien privé on ne le traverse
pas. Quand on arrive à proximité de
la falaise, on emprunte le chemin de grande
randonnée du littoral, vers le nord. Toute
la bande de terrain qui suit la falaise et
descend doucement vers Wimereux, est gérée
par le Syndicat mixte Eden 62 (tout comme la
zone Crèche 3). Actuellement une
signalisation précise les dangers
d’effondrement de pans de falaise:
prudence et responsabilité sont de mise !
D’autant plus que des portions du sentier
sur le talus, plus « tentant »
que le GR, peuvent offrir quelques difficultés
de passage, cela sans oublier les rafales de
vent qui s’avèrent parfois redoutables.
Le
plan de Crèche 2 permet de se faire une idée
de la position allemande, celle-ci couvrait
une grande partie du terrain agricole, quoi
mais délimitée à une portion de ce
dernier. Poursuivant la pente vers Wimereux,
à proximité de l’emplacement du Casino
et de l’Hôtel Splendid aujourd’hui
disparus, se trouvait un point d’appui, au
sud de la cité balnéaire. Curieusement des
photos aériennes de la RAF (ou d’autres
de l’IGN) révélaient encore les traces
d’un immense camp de repos de la Grande
Guerre. En effet, Wimereux était une base
arrière dont la plupart des hôtels étaient
réquisitionnés en tant qu’hôpitaux,
nous y reviendrons un jour.
Il est à
noter l’excellence du camouflage des
positions de tir : les bunkers sont noyés
dans le talus, les canons de DCA étant
dissimulés immédiatement à l’arrière
de celui-ci. Imaginez les filets de
camouflage posés, les positions devaient être
très difficiles à repérer pour l’ennemi
venant de la Manche. Le premier vestige
observé sur la falaise est un minuscule
poste d’observation, plus un abri pour une
sentinelle qu’autre chose. Quelques
dizaines de mètres plus loin, on découvre
une casemate de type inconnu consistant en
un encuvement de section carrée qui
surmonte un local pour munitions.
Ce bunker
assez ébranlé était doté d’un canon de
DCA de 4 cm Flak 28 Bofors. L’accès
interne est assez compliqué et ne mérite
pas d’éventuelles écorchures. Moins de
cent mètres plus loin on découvre la
concentration bétonnée la plus intéressante
de Crèche 2: deux encuvements pour canon de
DCA et trois casemates pour tir sur buts
marins. Débutons par les encuvements
octogonaux pour canons de 94 mm Vickers M
39(e), pièces de prise d’origine
britanniques. Chaque encuvement possède
cinq niches assez spacieuses pour le matériel
et les munitions d’urgence. La réserve
d’obus encartouchés se situe dans une
soute bétonnée extérieure engoncée dans
le talus, un escalier y donne accès. Dans
les deux cas les soutes sont des ruines. Par
contre les encuvements sont intacts... mais
régulièrement squattés, et il peut y
avoir quelques chiens. Curieusement, le
standard de construction allemand (Regelbau)
est inconnu. Ces constructions sont situées
une demi-douzaine de mètres à l’est du
talus.
Sous le
talus, on découvre, - du sud vers le nord
-, une succession de deux bunkers de type R
671, un bunker de protection pour troupe
suivi d’un troisième R 671. En vérité
il y avait un quatrième R 671 qui s’est
effondré, quelque 50 m plus bas, avec un
flanc de falaise assez conséquent, cela à
une date d’après guerre non précisée. Les
débris du bunker sont visibles sur la
plage, le socle formant une espèce de
« pont »: une vue très
impressionnante ! Les trois R 671 sont assez
difficiles d’accès par l’arrière pour
cause de broussailles, ce qui laisse
supposer que la tentation sera forte d’y pénétrer
par la chambre de tir... c’est-à-dire en
passant par le sommet du talus et en
descendant la pente abrupte. Très dangereux
par mauvais temps !, et dangereux par météo
normale, car si les deux premiers bunkers
sont relativement « faciles »,
le « Sogplatte » du troisième
s’arrête actuellement sur le vide! Ces
bunkers étaient équipés de canons 10,5 cm
type SK/C 32 lit-on majoritairement, cela
n’est pas sûr, d’autres sources
indiquent un calibre de 90 mm. Affaire à
suivre ! Et c’est dire la complexité
d’ensemble du StP Arnika: tous les textes
publiés à ce jour sont à la fois faux ou
franchement incomplets!
Le bunker R
671 ne possède pas de chambre pour troupe
intégrée, seulement deux soutes pour
munitions de chaque côté de la porte arrière.
Les trois constructions sont en bon état
mais dans tous les cas les soutes sont assez
abîmées. Il y a une dizaine d’années
des traces de camouflage pouvaient encore être
devinées sur les pans de béton extérieur,
au niveau du front Todt. Jouxtant le R 671
nord se trouve une casemate pour troupe dont
le standard de construction est également
bien compliqué à définir. Une double entrée
est accessible par deux volées de marches
en béton, entre ces dernières on voit un
petit abri en tôles « métro »
d’une profondeur de quelque 3 m. Sans
doute pour une réserve d’eau mais on a
dit aussi qu’il pourrait s’agir d’un
chenil. Que d’énigmes ! La preuve ces
deux stencils sur les linteaux d’acier des
portes: à gauche « Narvik », à
droite « Grötsund ».
Si le premier
terme vient facilement à l’esprit, le
second nécessite une bonne carte du nord de
la Norvège, mais le nom provient de la même
région. En fait, dans ces invraisemblables
mouvements de troupes de l’armée
allemande, un groupe de soldats de la marine
basés en Norvège furent postés sur Crèche
2. On peut supposer une certaine langueur de
ce coin tranquille... Six mois plus tard,
ils retournaient vers les Lofoten, c’est
toujours mieux que le front de l’est,
n’est-ce pas ? Cet emplacement est aussi
souvent squatté. Pour visiter Crèche 3,
nous devrons remonter vers la Pointe de la
Crèche. Nous en profiterons pour décrire
« l’arrière » de ces
positions et s’intéresser au Casino et au
Splendid. A bientôt et soyez toujours
prudents sur cette magnifique falaise !
Le plan du
bunker R 671 provient de l’excellente
monographie « Atlantikwall Regelbau
Serie 600 » de Yannick et Chantal
Delefosse, des pionniers du temps où la
bunker archéologie n’était pas encore
inventée.
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