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L’axe de tir du canon à sa plus grande déflection
Un coffrage à béton bien compliqué
Le mess des officiers à l’arrière du bunker
Le SK nord vu du petit parking menant à la promenade sur la falaise
 
LEXIQUE
Heeresgruppe B groupe d’armée B ; le quartier-général est situé au château de la Roche-Guyon sous l’autorité de von Rundstedt  
Korvettenkapitän capitaine de corvette, grade en cours dans la Kriegsmarine
Soldatenheim littéralement une auberge à soldat, en fait une sorte de mess
 
NOTES

Pas mal de nouvelles parutions ces dernières semaines. Beaucoup en langue anglaise et un gros morceau en français. Nous terminerons par lui.  

« Boulogne », Jon Cooksey, Leo Cooper, 2002 : 192 pages sur la période de 1940 avec des parcours visite sous forme d’itinéraires dans le Boulonnais. Le genre de bouquin impeccable car à la portée de toutes les bourses et plein de matières intéressantes. Jon nous a fait l’amitié de parler du Projet La Crèche. Il a par ailleurs déjà publié un ouvrage dans la même collection sur la campagne de France à Calais. Thanks, Jon, for the helping hand !  

« Fortress Europe, Hitler’s Atlantic Wall », Lieutenant-General George Forty, Ian Allen, 2002 : Mr. Forty est un historien très connu en Angleterre, son approche du Mur de l’Atlantique est généraliste, mais précise, et axée sur les plages du débarquement. Sur les 160 pages de ce beau livre et plus de cent photos originales, ce bouquin offre une vue cohérente sur une zone géographique délimitée.

« Smashing the Atlantic Wall », Patrick Delaforce, Cassel & Co, 2001 : sur 240 pages bien serrées l’auteur qui a publié plus de 20 bouquins d’histoire militaire, invite le lecteur à suivre les différentes armées qui ont libéré la Normandie jusqu’à l’Escaut en passant par le Pas de Calais.

« Hitler’s Atlantic Wall », Anthony Saunders, Sutton, 2001, est vraiment un bon bouquin. Sans en avoir l’air, l’auteur donne une belle description du Mur de l’Atlantique et offre une synthèse brillante des événements. S’il fallait débuter une collection, je le conseillerais quitte à se procurer plus tard les gros volumes de Stacey, Ellis et Florentin pour ne citer que ces auteurs. Et la « couve » est bien plus explicite avec ses deux soldats dans leur ‘Ringstand’ pourvu d’une mitrailleuse de prise française. Bien vu de la part des gars de la communication de chez Sutton.  

Le dernier gros morceau provient des Éditions Histoire & Fortifications: « Atlantikwall-Südwall, sur les traces du temps » par Alain Chazette, 2003. Après le grand livre vert-de-gris « Atlantikwall » qui est déjà un objet de collection, ce dernier opus est lancé en tirage limité et, partant, au prix de 170 EUR… Contenant 1.700 photos dont 400 d’époque, l’ouvrage est considéré comme supplément du premier cité, signale la pub. Nous lui souhaitons la carrière de son aîné.  

 

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Histoires du Fort de la Crèche > Chapitre 11

Quittant le bunker SK central, nous suivons par monts et par vaux la ligne de crête vers le septentrion pour visiter le bunker SK nord, le plus proche de la D 940… et sans doute le plus visible de celle-ci pour ce qui est de l’ensemble de la position. D’aucuns supposent, - erronément ! -, que le Fort de La Crèche n’est que reliques nazies. Ceux d’entre vous qui nous faites l’amitié de suivre cette chronique savent parfaitement qu’ils sont dans l’erreur. Le Fort se découvre en strates archéologiques: le très beau casernement de Séré de Rivières datant de 1879, l’encuvement de la Marine des années trente et les casemates allemandes et d’autres vestiges. L’histoire est ainsi faite et doit être étudiée l’esprit libre de toute confusion. Le potentiel de Crèche 1 est particulièrement puissant en matière d’histoire contemporaine, de tourisme intelligent et de possibilités d’animation dans un cadre exceptionnel et d’accès aisé. Nous sommes persuadés que l’exploitation sereine du Fort de La Crèche à des fins culturelles saura développer les synergies touristiques vers d’autres sites tels que les forts d’Alprech, du Mont de Couppe et celui de Moulin Wibert avec son sémaphore (efficacement géré par la Marine Nationale).

Carte postale tirée de la monographie de Jacques Chochoix («Wimereux», Alan Sutton, 1999)

D’ici peu, en accord avec Fabien (notre webmaster), il vous sera proposé une idée d’aménagement du casernement Séré de Rivières afin d’y réaliser un Centre Historique. Nous vous expliquerons quelles sont nos intentions et projets futurs pour fermer de manière élégante la couronne verte de Boulogne-sur-Mer et de Wimereux. Au moment où d’immenses espoirs se concrétisent avec une nouvelle ligne Transmanche, l’aspect touristique prend bel et bien toute sa dimension.

Pas de surprise, l’architecture de cet ensemble est similaire à la casemate SK sud. L’encuvement a disparu et est remplacé par une chambre de tir. Les locaux pour les munitions sont français. Le tout surmonté de la chape de béton que vous connaissez déjà. Par contre, une première modification du « plan de montage » est constatée par le positionnement de l’abri pour troupes. On y accède par un petit escalier qui mène à un couloir à ciel ouvert donnant sur ses deux portes. De nos jours, la végétation luxuriante rend l’édifice difficilement accessible. Au lieu d’être placé latéralement par rapport à l’axe de la chambre de tir, il est construit longitudinalement à celle-ci. Quoi de plus normal puisqu’il doit se glisser sous la ligne de crête… S’il était positionné de manière identique au bunker SK sud, il « percerait » complètement cette même pente !  

Le plan du bunker SK nord

Un mystère subsiste à l’extérieur: un trou d’homme affleure la déclivité, une descente d’échelons d’acier fixée dans la brique ne mène nulle part et on n’aperçoit aucune sortie de secours à l’intérieur du bunker pour troupe. La seconde modification se trouve sur le flanc nord de l’édifice: un appendice se révèle quand on regarde de l’extérieur. En effet, la façade se prolonge par un massif de béton, fortement recouvert d’une amenée de terre gazonnée. A cela s’ajoute le fait qu’une série de locaux de faible hauteur se partage le sous-sol. Pour l’instant ils sont inondés. Nous poursuivons les recherches.  

Il faut également signaler que cette position de tir était accompagnée par une construction faite de briques et couverte par une dalle de béton de quelque 20 cm d’épaisseur, cela à moins d’une dizaine de mètres, se glissant dans l’angle formé par le bunker SK et son abri pour troupe. Il s’agit sans doute de la « Soldatenheim » de Crèche 1 et se révélait être une construction relativement spacieuse, avec plusieurs fenêtres ouvertes dans un mur de briques épais et une série de piliers de béton internes supportant la toiture. Cet édifice a vraisemblablement été touché lors des combats de 1944, une partie de plusieurs mètres carrés de la dalle s’étant effondrée. Le Conservatoire du Littoral a pris la sage disposition de l’éradiquer, il y a quelques années d’ici, par mesure de précaution.

raf021142.jpg (60984 octets)

A g. : cliché du 2/11/1942, à dr. : cliché du 28/02/1944 (cliquez sur le plan pour l'agrandir)

Pour le reste nous découvrons à nouveau l’entrée protégée par une caponnière, une seconde interne et le couloir menant à la chambre de tir. Une des questions qui est liée aux positions de tir de Crèche 1 est celle de l’indigne démolition de l’hôtel Splendid et du Casino de Wimereux. Selon la légende, ces magnifiques constructions balnéaires, furent dynamitées sur ordre de Edwin Rommel au cours d’une de ses inspections à Boulogne-sur-Mer. L’affaire n’est pas claire, tant sans faut. Le livre, en néerlandais, de Hans Sakkers « Generalfeldmarschall Rommel » (Zeelucht, 1993) est donc notre référence principale, puisqu’il traite de tous les déplacements du chef du Heeresgruppe B à partir de fin 1943… quitte à proposer des corrections ultérieures. Les corrélations des dates de visite de Rommel dans le Pas de Calais vis-à-vis des photos prises par la Photo Reconnaissance Unit de la RAF permettent d’indiquer que Rommel n’est en rien responsable dans la destruction de cet ensemble balnéaire. Celui-ci était rasé avant que Rommel ne passe dans la contrée : la première visite à Boulogne-sur-Mer et au nord du port est celle du 12 mars 1943, rendez-vous le matin avec le Generalleutnant Elfeldt de la 47. I.D., l’après-midi avec le Gen.Lt. Otto Lasch de la 349. I.D. Pourquoi avoir décidé de telles destructions ? La légende, toujours, impose que Rommel avait constaté que les champs de tir des canons de Crèche 1 n’étaient pas capables d’atteindre la plage de la baie de Saint-Jean pour cause d’obstruction : le Splendid et le Casino ! Or, il est actuellement certain que les embrasures des bunkers SK sud et central ne permettaient pas un tel dessein, pas plus que le canon de 194mm dans son encuvement sud. Même à la plus haute élévation de son tube. Seul le bunker nord, avec son créneau de tir ouvert à 120°, pouvait atteindre la plage de Wimereux. Et encore lors de sa déflection vers la droite la plus totale. Cette photo particulièrement contrastée le prouve. Un seul canon a décidé du sort d’un complexe architectural… splendide !

Le responsable est alors Diekmann et non Rommel. Nous reviendrons plus tard sur la personnalité du Korvettenkapitän Fritz Diekmann, le patron de la MAA 240 pour Wimereux, Wimille, Boulogne-sur-Mer et Le Portel. Un mot sur l’équipement en matière de canons des bunkers SK sud, central et nord : ils n’étaient pas équipés de canons de 194 mm mais bien de pièces allemandes de 10,5 cm SK C/32 (voir une partie précédente). Plusieurs sources en notre possession prouvent qu’un canon de 194 mm ne pouvait être installé dans l’espace limité de la chambre de tir d’un bunker SK sur Crèche 1. Même démuni de son masque blindé. Les « bleus » de construction des canons de 194 mm de la D.A.N. de Toulon (en fait des ‘noirs’ inversés) en notre possession sont limpides à ce sujet.  Le terrain nous permet aussi de réaliser ce cliché de l’arrondi du coin de cette casemate et d’admirer le patient travail d’élaboration du coffrage : des dizaines de lattes de bois ! Dans notre prochaine promenade, nous remonterons la pente de la ligne de crête, nous dirigeant à nouveau vers le sud de Crèche 1, tout en faisant un crochet par l’esplanade. Stay tuned!

Les photos aériennes de la Photo Reconnaissance Unit de la Royal Air Force sont extraites de clichés « Crown Copyright Air Photo Archive Keele University, England ». Nous remercions vivement Madame Marilyn Beech, Air Photo Archive Manager, pour son autorisation de publication.

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