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Histoires
du Fort de la Crèche > Chapitre 11
Quittant
le bunker SK central, nous suivons par monts
et par vaux la ligne de crête vers le
septentrion pour visiter le bunker SK nord,
le plus proche de la D 940… et sans doute
le plus visible de celle-ci pour ce qui est
de l’ensemble de la position. D’aucuns
supposent, - erronément ! -, que le
Fort de La Crèche n’est que reliques
nazies. Ceux d’entre vous qui nous faites
l’amitié de suivre cette chronique savent
parfaitement qu’ils sont dans l’erreur.
Le Fort se découvre en strates archéologiques:
le très beau casernement de Séré de Rivières
datant de 1879, l’encuvement de la Marine
des années trente et les casemates
allemandes et d’autres vestiges.
L’histoire est ainsi faite et doit être
étudiée l’esprit libre de toute
confusion. Le potentiel de Crèche 1 est
particulièrement puissant en matière
d’histoire contemporaine, de tourisme
intelligent et de possibilités
d’animation dans un cadre exceptionnel et
d’accès aisé. Nous sommes persuadés que
l’exploitation sereine du Fort de La Crèche
à des fins culturelles saura développer
les synergies touristiques vers d’autres
sites tels que les forts d’Alprech, du
Mont de Couppe et celui de Moulin Wibert
avec son sémaphore (efficacement géré par
la Marine Nationale).
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| Carte
postale tirée de la monographie de
Jacques Chochoix («Wimereux», Alan
Sutton, 1999) |
D’ici
peu, en accord avec Fabien (notre webmaster),
il vous sera proposé une idée d’aménagement
du casernement Séré de Rivières afin
d’y réaliser un Centre Historique. Nous
vous expliquerons quelles sont nos
intentions et projets futurs pour fermer de
manière élégante la couronne verte de
Boulogne-sur-Mer et de Wimereux. Au moment où
d’immenses espoirs se concrétisent avec
une nouvelle ligne Transmanche, l’aspect
touristique prend bel et bien toute sa
dimension.
Pas
de surprise, l’architecture de cet
ensemble est similaire à la casemate SK
sud. L’encuvement a disparu et est remplacé
par une chambre de tir. Les locaux pour les
munitions sont français. Le tout surmonté
de la chape de béton que vous connaissez déjà.
Par contre, une première modification du
« plan de montage » est constatée
par le positionnement de l’abri pour
troupes. On y accède par un petit escalier
qui mène à un couloir à ciel ouvert
donnant sur ses deux portes. De nos jours,
la végétation luxuriante rend l’édifice
difficilement accessible. Au lieu d’être
placé latéralement par rapport à l’axe
de la chambre de tir, il est construit
longitudinalement à celle-ci. Quoi
de plus normal puisqu’il doit se
glisser sous la ligne de crête… S’il était
positionné de manière identique au bunker
SK sud, il « percerait » complètement
cette même pente !
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| Le
plan du bunker SK nord |
Un
mystère subsiste à l’extérieur: un trou
d’homme affleure la déclivité, une
descente d’échelons d’acier fixée dans
la brique ne mène nulle part et on n’aperçoit
aucune sortie de secours à l’intérieur
du bunker pour troupe. La seconde
modification se trouve sur le flanc nord de
l’édifice: un appendice se révèle quand
on regarde de l’extérieur. En effet, la
façade se prolonge par un massif de béton,
fortement recouvert d’une amenée de terre
gazonnée. A cela s’ajoute le fait
qu’une série de locaux de faible hauteur
se partage le sous-sol. Pour l’instant ils
sont inondés. Nous poursuivons les
recherches.
Il
faut également signaler que cette position
de tir était accompagnée par une
construction faite de briques et couverte
par une dalle de béton de quelque 20 cm
d’épaisseur, cela à moins d’une
dizaine de mètres, se glissant dans
l’angle formé par le bunker SK et son
abri pour troupe. Il s’agit sans doute de
la « Soldatenheim » de Crèche 1
et se révélait être une construction
relativement spacieuse, avec plusieurs fenêtres
ouvertes dans un mur de briques épais et
une série de piliers de béton internes
supportant la toiture. Cet édifice a
vraisemblablement été touché lors des
combats de 1944, une partie de plusieurs mètres
carrés de la dalle s’étant effondrée.
Le Conservatoire du Littoral a pris la sage
disposition de l’éradiquer, il y a
quelques années d’ici, par mesure de précaution.
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A
g. : cliché du 2/11/1942, à dr. :
cliché du 28/02/1944 (cliquez
sur le plan pour l'agrandir) |
Pour
le reste nous découvrons à nouveau
l’entrée protégée par une caponnière,
une seconde interne et le couloir menant à
la chambre de tir. Une des questions qui est
liée aux positions de tir de Crèche 1 est
celle de l’indigne démolition de l’hôtel
Splendid et du Casino de Wimereux. Selon la
légende, ces magnifiques constructions balnéaires,
furent dynamitées sur ordre de Edwin Rommel
au cours d’une de ses inspections à
Boulogne-sur-Mer. L’affaire n’est pas
claire, tant sans faut. Le
livre, en néerlandais, de Hans Sakkers
« Generalfeldmarschall Rommel »
(Zeelucht, 1993) est donc notre référence
principale, puisqu’il traite de tous les déplacements
du chef du Heeresgruppe B à partir de fin
1943… quitte à proposer des corrections
ultérieures. Les corrélations des dates de
visite de Rommel dans le Pas de Calais vis-à-vis
des photos prises par la Photo
Reconnaissance Unit de la RAF permettent
d’indiquer que Rommel n’est en rien
responsable dans la destruction de cet
ensemble balnéaire. Celui-ci était rasé
avant que Rommel ne passe dans la contrée :
la première visite à Boulogne-sur-Mer et
au nord du port est celle du 12 mars 1943,
rendez-vous le matin avec le Generalleutnant
Elfeldt de la 47. I.D., l’après-midi avec
le Gen.Lt. Otto Lasch de la 349. I.D.
Pourquoi avoir décidé de telles
destructions ? La légende, toujours,
impose que Rommel avait constaté que les
champs de tir des canons de Crèche 1 n’étaient
pas capables d’atteindre la plage de la
baie de Saint-Jean pour cause
d’obstruction : le Splendid et le
Casino ! Or, il est actuellement
certain que les embrasures des bunkers SK
sud et central ne permettaient pas un tel
dessein, pas plus que le canon de 194mm dans
son encuvement sud. Même à la plus haute
élévation de son tube. Seul le bunker
nord, avec son créneau de tir ouvert à 120°,
pouvait atteindre la plage de Wimereux. Et
encore lors de sa déflection vers la droite
la plus totale. Cette photo particulièrement
contrastée le prouve. Un seul canon a décidé
du sort d’un complexe architectural…
splendide !
Le
responsable est alors Diekmann et non
Rommel. Nous reviendrons plus tard sur la
personnalité du Korvettenkapitän Fritz
Diekmann, le patron de la MAA 240 pour
Wimereux, Wimille, Boulogne-sur-Mer et Le
Portel. Un mot sur l’équipement en matière
de canons des bunkers SK sud, central et
nord : ils n’étaient pas équipés
de canons de 194 mm mais bien de pièces
allemandes de 10,5 cm SK C/32 (voir une
partie précédente). Plusieurs sources en
notre possession prouvent qu’un canon de
194 mm ne pouvait être installé dans
l’espace limité de la chambre de tir
d’un bunker SK sur Crèche 1. Même démuni
de son masque blindé. Les « bleus »
de construction des canons de 194 mm de la
D.A.N. de Toulon (en fait des ‘noirs’
inversés) en notre possession sont limpides
à ce sujet. Le terrain nous permet
aussi de réaliser ce cliché de l’arrondi
du coin de cette casemate et d’admirer le
patient travail d’élaboration du coffrage :
des dizaines de lattes de bois !
Dans notre prochaine promenade, nous
remonterons la pente de la ligne de crête,
nous dirigeant à nouveau vers le sud de Crèche
1, tout en faisant un crochet par
l’esplanade. Stay tuned!
Les
photos aériennes de la Photo Reconnaissance
Unit de la Royal Air Force sont extraites de
clichés « Crown Copyright Air Photo
Archive Keele University, England ».
Nous remercions vivement Madame Marilyn
Beech, Air Photo Archive Manager, pour son
autorisation de publication.
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