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Histoires
du Fort de la Crèche > Chapitre 10
Nous
quittons le bunker sud pour nous diriger, en
suivant la crête de la position fortifiée
de La Crèche, vers la position centrale et
son bunker. En disant la crête, il faut se
la représenter vue de la D940: il y a une
pente herbue dans laquelle cette casemate
est engoncée
...
Actuellement,
à sa simple vision, il est évident que cet
édifice a subi une destruction lourde. La
toiture s’est affaissée jusqu’à
toucher le sol: c’est l’aspect le plus
spectaculaire, mais ce n’est pas tout.
Pour comprendre la construction, nous devons
revenir à l’époque de la modernisation
du Fort, au début des années trente. Nous
pourrions faire un rapprochement avec les
bunkers dits « SK » allemands
que vous, lecteurs de ces pages, connaissez
par cœur, et les aménagements de la Marine
Française. Cette construction est aussi
« spéciale » et se différencie
des autres. Les bunkers sont toujours
construits sur des assises françaises aménagées
par la Kriegsmarine. La même chose se passe
sur ici ! Toutefois, la structure de la
position originelle est nettement plus
importante.
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| Plan
des deux niveaux du bunker central (cliquez
sur le plan pour l'agrandir) |
Nous
découvrons toujours les deux casemates à
munitions et une entrée disposée à
l’arrière. « Construction spéciale »
signifie encore que les casemates à
munitions sont considérablement agrandies:
elles doublent de volume, en hauteur. En
effet, des traces subtiles annoncent que les
norias à obus et gargousses étaient équipées
d’élévateurs permettant d’amener les
munitions à près de 4 m de haut. Ces
munitions translataient alors sur un niveau
bétonné pour poursuivre leur route vers le
canon. Lors de la “bunkérisation” de la
position, les Allemands ont appliqué leur méthode:
envelopper le béton français d’une
nouvelle chape de béton teuton.
Nous retrouvons donc un aménagement connu
mais plus compliqué car adapté à une
construction à deux niveaux : un
rez-de-chaussée et un étage. Ces termes
peuvent paraître simplistes, or ils donnent
une bonne idée de ce qui s’y est passé.
A gauche du bunker se trouve une casemate de
protection pour troupes identique à celle
du bunker sud. Ce dispositif est simplement
« enterré » dans le repli à
l’arrière de notre crête. Quand on
pénètre dans le bunker central par
l’arrière, on aperçoit : au
rez-de-chaussée: un court vestibule est
fermé par un mur de béton en forme de L
avec créneau de tir pour arme légère; à
gauche, accès à la soute à gargousses et
à une caponière, à droite celle pour les
obus; on passe à gauche du créneau de tir,
jouxté d’une chambrée pour troupe, pour
atteindre un escalier qui mène à la
chambre de tir.
A
l’étage: l’escalier tourne à angle
droit; nous sommes alors sur un dégagement
donnant vers l’arrière de la construction
et où aboutit les orifices de réception
des munitions et ses norias. Une autre
chambrée se trouve en vis-à-vis de
l’escalier. Le reste de la construction
est connu puisque nous arrivons dans la
chambre de tir sur buts marins.
L’Organisation Todt, en parfait accord
avec la Marine allemande, a donc complété
« l’enveloppement de béton »
de la position française. Avec des murs de
1m50, et recouvert d’une toiture, elle-même
fournie d’un splendide « Ringstand »
serti dans la masse de ciment auquel on accède
en grimpant une échelle de barreaux par
l’extérieur. Notre position de tir
a-t-elle été atteinte lors des
bombardements de l’Opération Wellhit ?
Absolument pas, l’édifice était intact !
Que s’est-il donc passé ? La
Commission Histoire de l’Association Fort
de La Crèche poursuit son travail de
fourmis. Ce que nous pouvons dévoiler est
ce qui suit : en bref « Achtung
Minen », les régiments canadiens sont
restés peu de temps sur Crèche 1. C’étaient
des troupes de choc et ils poursuivent immédiatement
les combats de libération du Pas de Calais !
Les Royal Engineers britanniques occupent
ensuite le terrain car il fallait vérifier
les positions de tir sur le sud de
l’Angleterre (canons de longues portées,
armes « V », V-1, V-2 et V-3…
et les « points forts » comme La
Crèche)
Après
vérification de certaines sources
officielles (nous poursuivons cette étude
…), nous pouvons émettre le scénario
suivant : les RE regroupent des
prisonniers allemands et leur intiment
l’ordre de déminer les alentours de La Crèche
et d’entreposer les engins dans le bunker
central, le plus « spacieux ».
Ce qui est fait. En 1947, le bunker est
toujours en état. Puis, à une date encore
non déterminée et pour des raisons qui
nous sont inconnues le bunker explose !
Une détonation extraordinaire qui
pulvérise le plafond du rez-de-chaussée et
fait effondrer la toiture sous un angle de
quelque 30° sur le créneau de tir. Les
murs de béton armé de la façade arrière
se décollent de celui des casemates françaises
sur près d’un mètre…, le mur droit de
la chambre de tir s’incline. Par contre le
Ringstand de toiture reste intact. L’intérêt
de cette épave est le fait qu’elle se lit
comme un écorché. Notez également que sa
visite peut se révéler dangereuse (le
rappel en haut de page s’avère encore une
fois judicieux, sinon impératif !).
L’année prochaine nous gambaderons vers
le nord de Crèche 1 et le dernier bunker SK.
Entre-temps, excellentes fêtes de fin
d’année !
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