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La façade arrière avec la cicatrice du mur, on aperçoit le petit parking sur la D 941
L’effondrement du toit après l’explosion
Photo prise de l’accès à la chambre de tir vers l’arrière lors d’une visité autorisée, les traits rouges représentent l’épaisseur du plafond du rez-de-chaussée
Vue du décollement des parois, vers le nord : à gauche le béton français
 
LEXIQUE
Ringstand  littéralement ‘position de défense ronde’, c’est une petite casemate bétonnée de type H 58c, d… ou encore 201, 203… équipée d’une mitrailleuse légère, lourde ou d’un mortier manié par deux soldats ; elle se trouve le plus souvent en défense périphérique d’une position ou intégrée dans un bunker plus important. Très souvent simplement nommé « Tobrouk » car la légende prétend que c’est lors de la campagne d’Afrique qu’il fut inventé, il n’y en a qu’un seul sur Crèche 1. On l’aperçoit sur la photo de l’arrière, à droite de la toiture, où son ouverture de tir ressemble à un cône tronqué. Il est peut vraisemblable que ce Tobrouk ait servi à un tir défensif quelconque vu la hauteur de son emplacement ; mais comme poste d’observation protégé, il est idéal, encore qu’un échafaudage de boiserie permettrait la mise en batterie d’un mortier léger. D’autres Tobrouks furent dotés d’une tourelle de char
 
NOTES
Guy Le Hallé a publié un excellent ouvrage intitulé « Le système Séré de Rivières ou le témoignage des pierres » chez YSEC Editions. Abondamment illustré, il permet de prendre connaissance de l’œuvre de fortification de ce général de la Troisième République. « Une telle somme sur le sujet n’a encore jamais été publiée à prix abordable et constitue donc une source de renseignements inégalables » conte la jaquette. Exact ! Et La Crèche est née de son système… Danièle Voldman, directeur au CNRS, est édité par les Editions Odile Jacob, collection Opus. Voici un ‘poche’ extrêmement intéressant « Le déminage de la France après 1945 ». Le récit concerne les milliers d’hommes qui ont participé à un épisode essentiel de la reconstruction de la France. Au péril de leur vie. J. E. Kaufmann et Robert Jurga proposent un gros volume cartonné qui présente un tour d’horizon des fortifications européennes « Fortress Europe, European Fortifications of World War II ». Ce sont surtout les incroyables dessins en perspectives de Jurga qui sont fascinants. En Anglais et édition ‘hardback’ rime avec prix fort…

 

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Histoires du Fort de la Crèche > Chapitre 10

Nous quittons le bunker sud pour nous diriger, en suivant la crête de la position fortifiée de La Crèche, vers la position centrale et son bunker. En disant la crête, il faut se la représenter vue de la D940: il y a une pente herbue dans laquelle cette casemate est engoncée ...

Actuellement, à sa simple vision, il est évident que cet édifice a subi une destruction lourde. La toiture s’est affaissée jusqu’à toucher le sol: c’est l’aspect le plus spectaculaire, mais ce n’est pas tout. Pour comprendre la construction, nous devons revenir à l’époque de la modernisation du Fort, au début des années trente. Nous pourrions faire un rapprochement avec les bunkers dits « SK » allemands que vous, lecteurs de ces pages, connaissez par cœur, et les aménagements de la Marine Française. Cette construction est aussi « spéciale » et se différencie des autres. Les bunkers sont toujours construits sur des assises françaises aménagées par la Kriegsmarine. La même chose se passe sur ici ! Toutefois, la structure de la position originelle est nettement plus importante. 

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Plan des deux niveaux du bunker central (cliquez sur le plan pour l'agrandir)

Nous découvrons toujours les deux casemates à munitions et une entrée disposée à l’arrière. « Construction spéciale » signifie encore que les casemates à munitions sont considérablement agrandies: elles doublent de volume, en hauteur. En effet, des traces subtiles annoncent que les norias à obus et gargousses étaient équipées d’élévateurs permettant d’amener les munitions à près de 4 m de haut. Ces munitions translataient alors sur un niveau bétonné pour poursuivre leur route vers le canon. Lors de la “bunkérisation” de la position, les Allemands ont appliqué leur méthode: envelopper le béton français d’une nouvelle chape de béton teuton. Nous retrouvons donc un aménagement connu mais plus compliqué car adapté à une construction à deux niveaux : un rez-de-chaussée et un étage. Ces termes peuvent paraître simplistes, or ils donnent une bonne idée de ce qui s’y est passé. A gauche du bunker se trouve une casemate de protection pour troupes identique à celle du bunker sud. Ce dispositif est simplement « enterré » dans le repli à l’arrière de notre crête.  Quand on pénètre dans le bunker central par l’arrière, on aperçoit : au rez-de-chaussée: un court vestibule est fermé par un mur de béton en forme de L avec créneau de tir pour arme légère; à gauche, accès à la soute à gargousses et à une caponière, à droite celle pour les obus; on passe à gauche du créneau de tir, jouxté d’une chambrée pour troupe, pour atteindre un escalier qui mène à la chambre de tir.

A l’étage: l’escalier tourne à angle droit; nous sommes alors sur un dégagement donnant vers l’arrière de la construction et où aboutit les orifices de réception des munitions et ses norias. Une autre chambrée se trouve en vis-à-vis de l’escalier. Le reste de la construction est connu puisque nous arrivons dans la chambre de tir sur buts marins. L’Organisation Todt, en parfait accord avec la Marine allemande, a donc complété « l’enveloppement de béton » de la position française. Avec des murs de 1m50, et recouvert d’une toiture, elle-même fournie d’un splendide « Ringstand » serti dans la masse de ciment auquel on accède en grimpant une échelle de barreaux par l’extérieur. Notre position de tir a-t-elle été atteinte lors des bombardements de l’Opération Wellhit ? Absolument pas, l’édifice était intact ! Que s’est-il donc passé ? La Commission Histoire de l’Association Fort de La Crèche poursuit son travail de fourmis. Ce que nous pouvons dévoiler est ce qui suit : en bref « Achtung Minen », les régiments canadiens sont restés peu de temps sur Crèche 1. C’étaient des troupes de choc et ils poursuivent immédiatement les combats de libération du Pas de Calais ! Les Royal Engineers britanniques occupent ensuite le terrain car il fallait vérifier les positions de tir sur le sud de l’Angleterre (canons de longues portées, armes « V », V-1, V-2 et V-3… et les « points forts » comme La Crèche)

Après vérification de certaines sources officielles (nous poursuivons cette étude …), nous pouvons émettre le scénario suivant : les RE regroupent des prisonniers allemands et leur intiment l’ordre de déminer les alentours de La Crèche et d’entreposer les engins dans le bunker central, le plus « spacieux ». Ce qui est fait. En 1947, le bunker est toujours en état. Puis, à une date encore non déterminée et pour des raisons qui nous sont inconnues le bunker explose !  Une détonation extraordinaire qui pulvérise le plafond du rez-de-chaussée et fait effondrer la toiture sous un angle de quelque 30° sur le créneau de tir. Les murs de béton armé de la façade arrière se décollent de celui des casemates françaises sur près d’un mètre…, le mur droit de la chambre de tir s’incline. Par contre le Ringstand de toiture reste intact. L’intérêt de cette épave est le fait qu’elle se lit comme un écorché. Notez également que sa visite peut se révéler dangereuse (le rappel en haut de page s’avère encore une fois judicieux, sinon impératif !). L’année prochaine nous gambaderons vers le nord de Crèche 1 et le dernier bunker SK. Entre-temps, excellentes fêtes de fin d’année ! 

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