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Chroniques
Historiques > Jules Verne, un maître secret du temps?
Quelle
histoire et quels récits que ceux de Jules
Verne ! Doit-il demeurer à jamais
l’auteur dédié à la sempiternelle
ouverture d’esprit de la jeunesse ?
Et partant, nécessite-t-il d’être à
jamais cantonné dans ce rôle ?
L’affaire est sans doute plus compliquée.
Il est né à Nantes le 8 février 1828 et décède
le 24 mars 1905 dans sa maison d’Amiens.
Attachons-nous à d’autres facettes de son
oeuvre. Vous l’avez certainement
constaté, à l’aube de la fertile commémoration,
tous les média ont fait le plein de Jules.
A l’heure actuelle, Verne est déjà un
souvenir diffus, sauf pour les véritables
amateurs. Le maître secret du temps mérite
alors que nous fermions le ban sur nos écrans :
Nantes, Amiens, imagination et géographie
sont proches du Boulonnais. Très proches...
En route pour un tour de son monde en
quatre-vingt lignes. Et si vous
l’ignoriez, en 2006, c’est Wolfgang
Amadeus Mozart qui a la palme…
Jacques
Bergier*, dans son bouquin « Les maîtres
secrets du temps », constatait en ouverture
que « si la science-fiction a parlé des
voyages dans le Temps, ce n’est pas une
raison pour refuser de les envisager sérieusement.
Autant vaudrait refuser de considérer les
implications et les conséquences politiques
et militaires de la bombe à hydrogène,
sous prétexte qu’elle a existé dans
l’imagination des auteurs de
science-fiction avant d’exploser dans le réel
». Ce qui est bon pour le passé peut être
utilement renversé pour le futur. Et
c’est bien cette touche visionnaire qui
est le « tachyon ** » essentiel de l’œuvre
de Jules Verne, par delà les passionnantes
histoires plus terre à terre dont il avait
la maîtrise la plus parfaite. Comme disent
les amateurs de science-fiction, certains
philosophes et autres savants, le paradoxe
temporel – ‘je tue mon père et je
disparais’ -, chez Jules Verne n’existe
pas : il y a chez lui une notion
‘boy-scout’ d’avant la lettre. Par
ailleurs, il a peut-être découvert, en
amateur inspiré, la notion de synchronicité
*** qui entre en collision perpendiculaire
au cours du Temps. Soit, pour expliquer
simplement ce terme, le fait bien ressenti
d’apercevoir, en une seconde ou moins, une
action qui va se produire dans un futur
proche. Jules Verne devait avoir ce don généralisé
pour tous, mais il a su l’exploiter
inconsciemment dans ses livres.
Un
choix de contes et nouvelles qui
s’approchent forts du « réalisme
fantastique » cher à Louis Pauwels, se découvrent
ainsi dans « Hier et demain **** », moins
promotionné que, par exemple, « 20.000
lieues... ». « Conte de fées » paraît
dans Le Figaro Illustré de janvier 1891. Il
y avait une fois une famille de rats et,
dans une belle maison, une fée, nommée
Firmenta, qui se jouait de la métempsycose.
Saugrenue l’histoire tourne autour du
doigt de la fée le genre humain. Jules
Verne s’amusait. « M. Ré-Dièze et
Melle. Mi-Bémol » joue sur les notes de
l’insouciance enfantine menant au
questionnement de l’adolescence, sur le
ton d’un piano de chats. « La destinée
de Jean Morénas » évoque le passage
d’un jeune garçon vers l’âge adulte.
La mer et l’aventure sont déjà là dans
cette oeuvre de jeunesse. « Le Humbug »,
édité en 1863, se passe en Amérique et
traite, sans parisianisme, des mœurs de nos
grands cousins : Ah, si Colomb n’avait pas
découvert ces terres-là, où en
serions-nous ? La dernière nouvelle est
assez longue : « L’éternel Adam », écrite
en fin de vie, mène vers une histoire assez
complexe, digne de l’archéologie
fantastique qui régnait dans les années
70. Il est à noter que cet infatigable
optimiste qu’était Jules Verne décrit
une situation assez pessimiste d’un monde
fatigué. A se demander si cette nouvelle ne
fut pas un déclic pour Herbert George Wells
pour son sensationnel « Machine à explorer
le temps ».
« Au XXIXe siècle », s’intercalant
avant « Adam » est sans doute le plus
curieux écrit de Jules Verne. Un
journaliste américain, bien entendu, décrit
sa journée de travail en 2889, pas moins !
Paru d’abord en anglais dans le magazine
‘The Forum’ en février 1889, le texte
est traduit en français à partir de
l’original. Jules Verne ne fait pas dans
le détail, il se porte, d’un grand coup,
un millénaire dans le futur. L’écriture
de sa ‘vision’ demeure bien fin de 19e
siècle, par contre les idées (les
synchronicités ?) sont absolument
fantastiques et non fantasques. Tout y
passe, ne manque que le vocabulaire des médias
actuels. Ces quelques lignes donnent le ton
: « Si le fondateur du New York Herald,
Gordon Bennett, renaissait aujourd’hui,
que dirait-il, en voyant ce palais de marbre
et d’or, qui appartient à son illustre
petit-fils, Francis Benett. Il y a deux
cents ans, lorsque le gouvernement de
l’Union fut transféré de Washington à
Centropolis, le journal suivit le
gouvernement, – à moins que ce ne soit le
gouvernement qui ait suivi le journal -, et
il prit pour titre : Earth Herald ». Rien
à dire, c’est de la politique fiction que
ne renierait pas certains auteurs du genre.
Sont
évoqués, avec une certaine rudesse même
couplée à une notion capitaliste que
n’appréciera pas sans doute Libé, la
conquête de l’espace et sa colonisation,
les conflits sociaux, l’architecture
folle, la communication ‘électrique’ et
les déplacements par les airs, la
transplantation d’organes, la radio et ses
« délicieuses formules harmonico-algébriques
! Non, Jules Verne ne parle pas de PC mais
les harmoniques algébriques sont évocatrices.
Si Jules Verne avait eu le bonheur de
rencontrer le Serbo-américain Nikola
Tesla*****, cela aurait émis des étincelles
! Et, à jamais optimiste, il termine par
ces mots : « Un bon métier, le métier de
journaliste au XXIXe siècle ! ». C’est
exactement ce que nous pensons chez
Cyanopale.
Jacques
Bergier propose sans doute le mot de la fin
provisoire en la matière : « Si le
voyageur du Temps ne peut changer le flux du
Temps, mais seulement l’influencer
perpendiculairement, peut-il y introduire
des informations venues du futur ? Il semble
que cela soit possible, et que cela ait même
été le but de quelques-uns de ces
voyageurs... » Il ne serait même pas étonnant
que Jules Verne soit adepte de ces périples
au carré. N’était-il pas lui-même un
voyageur extraordinaire ? Histoire de se
replonger dans ses bouquins, histoire de rêver
un peu et de bien réfléchir.
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