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| Bombardement
en septembre 44 ; (de h. en b.) la base
S-Boote et le bunker-usine, au centre le
bassin Loubet (internet) |
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| La
base S-Boote en partie dynamitée ; à
l’avant-plan les ruines du Casino sur
lequel s’implante actuellement Nausicaa,
dont la ‘piste’ aux sympathiques otaries
se situe sur un blockhaus (GB) |
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| Le
bassin Loubet et l’avant-port, photo prise
le 25 septembre par le N° 542 Squadron ;
(de g. à d.) le bunker-usine et la base
S-Boote déjà fortement démolie ; en
incrustation un S-Boot type S1 à 5 (RD) |
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| Guy
Bataille relate : « Deux photographies
prises le 18 juin 1941, par M. Paul Pinson,
du groupe « Patrie », l’une à
l’objectif simple, l’autre au téléobjectif,
à partir de la rue des Signaux, cette
construction est déjà imposante et même
opérationnelle. Par deux voies, des
photographies seront transmises aux services
secrets anglais et à la Confrérie
Notre-Dame par MM. Raymond Berger et
Hervieu. Il s’agit d’un bâtiment en béton
long de 130 m, large de 88, construit à
l’appontement pétrolier de
l’avant-guerre ». Une bien belle aventure
d’espionnage qui devrait être racontée.
APPEL AUX LECTEURS de Cyanopale :
contactez-nous et, ensemble, nous la
raconterons ! (GB) |
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| NOTES
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*
Torpex : ‘torpedo explosive’, explosif pour
torpille à base de TNT.
** Le bunker-usine, destiné à la préparation
des torpilles, devrait bientôt être détruit;
quelle erreur, ses vastes salles auraient pu
abriter un excellent musée de la marine de guerre
de la 2GM. Les marteaux-piqueurs n’ont pas
d’imagination, c’est évident.
*** Les portes blindées ne furent jamais placées
et furent trouvées dans les jardins du casino. Le
« S-Boot », pour ‘Schnellboote’, est une
vedette rapide de 22 m de long (Type S2-S5), équipée
de torpilles.
**** Fortitude ; Ce mot anglais provenant du français
signifie ‘force d’âme’ ; l’opération
servait à couvrir le débarquement de Normandie
par l’intoxication des armées allemandes, les
persuadant que le véritable débarquement Allié
se passerait dans le Nord – Pas-de-Calais et que
celui de Normandie n’était qu’un leurre.
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SOURCES
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« Le Boulonnais dans
la tourmente » (tome 3), Guy Bataille, Monom 1975
; « Boulogne-sur-Mer 1939-1945 », Guy Bataille,
Westhoek-Edtions 1984
« A hell of a bomb », Stephen Flower, Tempus
2002
« Most secret war », Reginald Victor Jones,
Wordsworth 1998
« RAF Bomber Command losses of 2WW », Bill
Chorley, Midland Counties 1997
« Fortitude », Roger Hesketh, The Overlook Press
2000
« After the battle », N° 86, ‘The capture of
Boulogne’, Ian Galbraith, 1994
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Chroniques
Historiques > L'horrible soirée des Grands-Garçons
Cette
soirée du 15 juin 1944, la Royal Air Force
frappe encore une fois Boulogne-sur-Mer. Le
but: affaiblir au maximum les troupes
allemandes et convaincre l’ennemi d’un débarquement
dans le Pas-de-Calais. Mais cette fois la
RAF utilise des bombes spéciales de près
de six tonnes. Ce sont les fameuses «
Tallboys », les « Grands Garçons »,
bombes destinées à casser les blockhaus géants
de lancement d’armes de représailles. Ce
bombardement de début d’été, qui suit
de peu le débarquement en Normandie, fut le
plus important sur le port de la Côte
d’Opale.
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Photo
provenant du livre de S. Flower
montrant bien l’énorme engin qui
sera hissé dans la soute du
Lancaster. L’auteur, qui a bon oeil
!, signale que la photo devait être
‘posée’ car les hélices sont «
dressed », ce qui signifie qu’on a
prit la peine de positionner les pales
de manière qu’elles soient
identiques pour les quatre moteurs.... |
Par
sa durée, le nombre d’avions engagés et
l’utilisation de ces bombes spéciales.
Pour quelles raisons la RAF les a-t-elle
larguées sur l’embouchure de la Liane et
comment furent-elles inventées ? Cette
chronique résume les faits. Sans entrer
dans les détails, rappelons que lors des récents
chantiers d’aménagement de la zone
industrielle de Wimille, ceux-ci ont été
interrompus par la découverte de plusieurs
bombes. Les autorités ont alors interdit le
trafic jusqu’à l’A16 pendant le déminage.
Il s’agissait de bombes de 250 kg. La
Tallboy affiche exactement 5.443kg dont
2.358 kg de Torpex D1*... Aurait-on évacué
jusqu’à Marquise et Wimereux si l’une
d’elle avait été découverte ? Vu de
profil, ce monstre de 6 m 35 de long et
d’un diamètre maximum de 95 cm ressemble
assez à une torpille de sous-marin, avec un
nez plus pointu et une ligne générale plus
ventrue. L’arrière est muni de quatre
empennages. Elle est hissée, avec grandes
précautions, à partir d’un trolley dédié
dans la soute d’un quadrimoteur lourd Avro
Lancaster de type B Mk 1, une bombe par
avion qui pourtant permettait un emport plus
important.
Ce
projectile, inventé par Sir Barnes Neville
Willis, est souvent appelée « casseur de
bunker » ou « bombe tremblement de terre
». Elle provoquait un entonnoir nécessitant
près de 5.000 tonnes de terre pour le
combler et sa vitesse, après un largage
nominal à 5.400 m d’altitude, dépassait
celle du son, si bien que le ‘bang’ de
sa chute ne pouvait être perçu qu’après
son explosion ! Il est vrai que ceci reste
assez théorique pour le témoin éventuel
de cette dévastation. Barnes Willis est
surtout connu comme le découvreur de la
bombe cylindrique qui ricoche sur l’eau.
Celle-ci fut utilisée sur les barrages de
la Ruhr et un excellent film relate ce fait
d’armes, « Les briseurs de barrages »
(1954). La Tallboy a aussi été déclinée
dans un projectile plus énorme encore: la
« Grand Slam », proportions globales doublées
! Enfin, il faut retenir que la Tallboy a été
décisive contre les blockhaus géants du
Boulonnais: Watten, Mimoyeques, Siracourt et
la coupole d’Helfaut/Wizerne.
Mis
à part l’objectif stratégique de
consolider la croyance des Allemands en un
second débarquement entre Somme et
Belgique, le port de Boulogne-sur-Mer possédait
une base de vedettes lance-torpilles « bunkérisée
» et un important blockhaus-usine ** . De
plus, la Kriegsmarine rapatriait ses flottes
légères vers l’est, dangereuses pour les
Alliés en cours de débarquement: le port
était encombré et, partant, une belle
cible ! Y avait-il aussi la crainte que les
six alvéoles de la base S-Boote
n’abritent de véritables sous-marins ?
Les dés étaient néanmoins jetés. Une
flotte de 297 avions dont 155 Lancasters,
130 Halifaxes et 12 Mosquitos se dirigent
vers Boulogne-sur-mer. Parmi les Lancasters,
douze appartiennent au Squadron 617, tous équipés
d’une Tallboy. Les Mosquitos doivent
marquer la cible de fusées éclairantes
rouge: le toit de la base S-Boote est le
centre de cible. Mission accomplie mais le
reste de la mission, elle, tourne assez
rapidement à la pagaille, les Boulonnais en
payeront le prix. Les premières vagues lâchent
les bombes ‘normales’ sur le port dans
une météo exécrable. Les douze Lancasters
du Squadron 617 décollent, traversent la
Manche et rencontrent des nuages avant même
d’être sur site. Ils font demi-tour.
Au-dessus du Kent, ils sont rappelés et
reviennent sur l’objectif. Le ‘leader’
est un spécialiste, un as de ce genre de
mission, le Wing Commander Leonard G.
Cheshire. Les quadrimoteurs plongent pour se
stabiliser à 2.400 m... et cherchent les
marqueurs rouge qui sont peu perceptibles à
cause des épaisses fumées provenant des
premières vagues de bombardement.
L’altitude de bombardement est aussi un
peu faible. Les Lancasters sont obligés à
orbiter autour du port, cherchant à se repérer
pour se mettre en position de tir. Un
Lancaster largue sa bombe dans la Manche
sans s’en rendre compte, les onze autres
attaquent ! Les Tallboys s’éparpillent...
et explosent sur la ville ! Aucune
n’atteint la base S-Boote, deux détonnent
sur Capécure, l’impact le plus proche est
dans le chenal, devant la base, à quelque
100 m.
La
vague consécutive à l’explosion est sans
doute responsable des dégâts occasionnés
à celle-ci: chamboulement de structures bétonnées,
coulage de S-Boote *** présent dans les alvéoles.
Il n’y aura pas de relevé précis, mais
le nombre de victimes civiles de cette soirée
peut être évalué à 200 morts et autant
de blessés. Boulogne-sur-Mer est écrasée,
certaines rues sont simplement méconnaissables
par ses propres habitants. Nous ne sommes
qu’en juin 1944 ! La base S-Boote sera
partiellement dynamitée par les Royal
Engineers après la prise de
Boulogne-sur-Mer par les divers régiments
anglo-canadiens, laissant le bunker-usine
intact. Plus tard, le bassin de
l’avant-port sera complètement remodelé
; selon Ian Galbraith, une faible partie du
béton allemand est encore discernable.
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| Gros-plan
sur les destructions de la base
S-Boote, remarquez le soldat sur le
toit qui donne une idée de l’échelle
de la construction (internet). |
Ce
raid de l’aviation Alliée était-il
vraiment nécessaire ? La Kriegsmarine
pouvait-elle subir une punition sans faire
intervenir expressément l’aviation lourde
et les Tallboys ? Guy Bataille pose très
bien la question: « Le port est tellement dévasté
qu’on estime qu’il ne peut plus être
utilisé qu’après une remise en état qui
exigera plusieurs semaines de travail.
Est-ce cela que voulaient vraiment les Alliés
? Pourquoi rendre inutilisable un port dont
Montgomery va réclamer la capture parce
qu’il en aura besoin bientôt ? ».
Peut-on rapprocher le bombardement de la
ville allemande de Dresde à celui du port
de la Côte d’Opale ? Les circonstances
stratégiques ne sont, évidemment, pas
comparables. Le ’Bomber Command Allié’
devaient-il, à cet instant-là, à ce point
épouvanter l’ennemi, en négligeant
l’impact sur les populations locales
demeurant en place, malgré les évacuations
quasiment forcées ? Les raisons réelles
sont sans doute encore enfouies dans des
liasses de dossiers secrets. L’opération
« Fortitude **** » a, quant à elle,
toujours un bel avenir éditorial devant
elle.
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|
Par Robert Dehon
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Pour
cyanopale-histoires.com
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