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Chroniques
Historiques > Jules Pizzetta: voyageur libre en Pas-de-Calais.
Homme
de terrain, il aime se déplacer. Historien,
il apprécie la documentation. Observateur,
il est capable de synthétiser. De plus, il
a le don de conter, il sait raconter ! Jules
Pizzetta, d’origine italienne, est né à
Londres en 1820. Naturalisé français, il décède
à Paris en 1900. Chercheur global, il a
publié de nombreux ouvrages, de thèmes très
variés, dont un “Pisciculture fluviale et
maritime” et, pour ne citer que deux
titres parmi une dizaine, un “Dictionnaire
illustré d’histoire naturelle” qui sera
publié bien plus tard après sa
disparition, en 1929 et 1931. Les éditions
« Livre d’Histoire-Lorisse » ont eu
l’excellente idée de reproduire à
l’identique, en 2001 dans sa série
‘Monographies des villes et villages de
France’, un ouvrage câlin pour le
Boulonnais “La Baie de Somme, Boulogne et
Calais”.

Prévoyez
deux heures pleines dans votre agenda de la
journée: ce bouquin se lit d’une traite !
Tant l’écriture est leste et ne date pas
trop, ce qui pouvait être une crainte.
Pizzetta est un journaliste que Jules Vernes
aurait rencontré avec plaisir, digne
personnalisation de son Phileas Fogg, sans
toutefois se mettre martel en tête pour des
rivages lointains. Mais ce n’est pas tout.
Pizzetta donne l’impression de se balader,
curieux de tout, avec l’allure élégante
d’un gentleman quittant son cercle de Bond
Street, pantalon de golf de rigueur.
Certainement pas en dilettante car il a un
oeil d’aigle. Et sous cette impression à
première vue élitiste, il n’hésite pas
à couvrir, comme on dit maintenant, tous
les aspects des pays qu’il traverse, à
pieds, en voiture ou en train à vapeur. A
l’instant où il indique le minutage
d’un trajet sur voie ferrée, on comprend
qu’il a le soucis de la précision, sans
trop chipoter.
Les
voyages de Pizzetta ne sont pas nommés
comme tels : ce sont des excursions et ainsi
est découpé son compte rendu. Ce terme, -
excursion ! -, n’est pas vraiment réducteur,
il reflète plutôt une volonté de
complicité avec le lecteur, autour d’un
vieux porto par exemple, il raconte... Le
premier chapitre excursionnel débute en
baie de Somme, de Cayeux à Fort-Mahon,
juste le temps de s’habituer à la brise
de Manche; le deuxième mène par le bout du
nez l’aspirant visiteur de Berck-sur-Mer
à Hesdigneul; le troisième, au pas de
charge déstructuré entre basse ville et la
haute, c’est Boulogne-sur-Mer en passant
par Le Portel et la vallée du Denacre; le
quatrième, une Côte d’Opale d’avant
l’idée promotionnelle, de Terlincthun au
cap Blanc-Nez avec vue sur mer assurée;
pour aboutir, - déjà ? -, à Calais, la
cinquième excursion d’un périple bien
rempli d’indications, soit sérieuses,
soit savoureuses et bien ancrées dans la
vision de cette fin de 19e siècle... assez
moderne, faut-il s’en étonner ! Que ce
soit un panorama, une église, un château,
une rangée de maisons de pêcheurs, une
manufacture ou un casino, tous présentent
une notion, non pas d’histoire, mais de
données historiques. Tout à coup, au détour
d’une dune, il brise le rythme et se lance
dans une étude sur les oiseaux, avec
commentaires gastronomiques compris. Bien
joué ! Plus loin, il brosse le portrait
d’un prince ou d’un chevalier : c’est
de l’eau-forte ! Et tous et chacun soulignés
d’une ou deux lignes admiratives ou
assassines. Pizzetta n’est pas un
commercial borné du tourisme, pas de GSM ni
de PC portable, il est d’une époque plus
sereine, mais leste et rapide concernant
l’information.
Ses
observations possèdent de ce fait une sorte
de régularité dans l’aisance du langage
ignorant les contingences de rendement de
l’heure actuelle, son rapport est brut
mais civilisé, exempt de tout
‘parisianisme’. Pizzetta propose ainsi
une excellente approche didactique, - légère
comme la valse des patineurs d’Émile
Waldteufel -, pour ce qui est de la découverte
du Pas-de-Calais. Et dans le même esprit,
son discours pourrait donner de nombreuses
idées d’investigations des sites qu’il
nous fait découvrir avec sa bonhomie acérée.
Histoire de vérifier ses dires par une
belle matinée. Car, sans le paraître notre
homme est plus que captivant dans ses
informations historiques ! Curieusement,
lors du passage de Boulogne vers Wimereux,
Pizzetta parle, - c’est le bon mot -, des
forts de L’Heurt et de Croy... mais pas un
mot sur les quatre forts de Séré de Rivières
défendant la rade du port. Notre cher
Pizzetta était-il donc attentif aux
contraintes de la Défense pour effacer
‘presto’ de sa relation le fort de la Crèche
quand il cite celui de Terlincthun ? Bingo !
Sans dévoiler le texte, épinglons ce
paragraphe qui donne bien l’acuité de
l’auteur : « Mais, on le sait, en France
les désastres se réparent, et il faut
parfois bien peu d’années pour qu’un
amas de décombres se transforme en une
ville neuve, plus belle que celle dont il était
le reste ». Il s’agit de Wimereux ! Un
beau bouquin illustré de quarante
tailles-douces dues au talent du Wissantais
François de Montholon et de A. Deroy* qui
souhaite, sans aucun doute, trouver une
niche douillette dans votre bibliothèque.
Mon cher Jules, grand merci pour cette
escapade en ces pays-là !
PS: incroyable mais vrai, un index alphabétique,
- d’époque ! -, de quatre pages achève
le bouquin. Maintenant pour l’acquérir,
ce sera, sans doute, plus compliqué car le
volume n’a été tiré qu’à trois cent
exemplaires numérotés..., on peut toujours
espérer une republication. Mais mon expérience
en recherche de sympathiques volumes me dit
que tout est possible via Internet**.
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