A
gauche, Félix-Alexandre
à la console d’un orgue qui a coûté
12.000 $ d’époque ! A droite,
L’orgue de Église Presbytérienne à New
York.
Partition
pour orgue avec la mythique quadruple portée,
on joue aussi avec les pieds…
Jaak-Nikolaas Lemmens
Jacques-Nicolas
est né le 3 janvier 1823 à Zoerle-Parwijs,
petite localité du Limbourg belge. Son père,
Jan-Baptiste, est à la fois organiste, sacristain
et instituteur. Après ses études musicales, il
devient le protégé du compositeur François-Joseph
Fétis qui est aussi directeur du Conservatoire de
Bruxelles, fondé expressément pour la relance de
la musique d’orgue dans le pays. L’appui du
facteur d’orgues allemand Jozef Merklin qui réside
dans la capitale, un concurrent du Parisien
Cavaillé-Coll, arrive à point nommé.
Jaak-Nikolaas a aussi la chance d’étudier avec
Adolf Hesse à Breslau en Allemagne, un spécialiste
de Bach. Ensuite sa carrière se développe et il
enchante la ville lumière par ses concerts à
Saint-Vincent de Paul. Il se marie avec la
cantatrice anglaise Helen Sherrington qu’il suit
dans son pays pour revenir à Bruxelles en tant
que professeur d’orgue au Conservatoire… où
il forme les futurs grands talents de l’hexagone :
Guilmant, Widor… Il décède le 30 janvier 1881
à Sempst (actuellement Zemst) et est inhumé dans
son village natal.
SOURCES
Site « musimem.com »
Alexandre Guilmant
Site « fpcnyc.org » The First Presbyterian
Church
Livrets Chandos, Philip Borg-Wheeler & Joe
Riley
REMERCIEMENTS
Pour découvrir Félix-Alexandre,
je recommande les deux CD suivants édités chez
« Chandos » qui comportent aussi des œuvres de
Poulenc, Widor et Frank, toutes avec Ian Tracey à
la console de l’orgue de la cathédrale de
Liverpool, accompagné par l’orchestre
philharmonique de la BBC sous la conduite de Yan
Pascal Tortelier. Ce sont des CD enregistrés «
triple D » (soit tout digital) à prix compétitif.
Je les ai écoutés sur une amplification normale
et sur une autre « de premier ordre » : un
ravissement !
• Guilmant, Symphonie n° 1 pour orgue et
orchestre Op. 42 ; CHAN 9271
• Guilmant, Symphonie n° 2 pour orgue et
orchestre Op. 91 ; CHAN 9785
Je tiens à vivement remercier Ms. Becky Lees de
chez Chandos qui a, d’un clin de courriels,
permis notre petite animation musicale. Je
remercie aussi quelques amis musicologues qui se
reconnaîtront pour les illustrations de cette
chronique. Je dois vous avouer que j’ai travaillé
un temps dans le business du disque. Enfin, merci
à Fabien Rodinger, notre webmestre, qui a fourni
les photos de l’orgue de Saint-Nicolas.
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Chroniques
Historiques > Félix Alexandre Guilmant: Point d'orgue "Allegro avec brio"
Le livret signé de Philip Borg-Wheeler accompagnant un CD de sa 1ère Symphonie surprend: «Vu la minceur du répertoire pour orgue et orchestre il est difficile de comprendre pourquoi cette symphonie de Guilmant est si rarement interprétée», écrit-il. Curieux, voyons y voir de plus près...
Avant tout, allumez l’amplification de votre PC, prêt? Appuyez sur le bouton "play" du lecteur ci dessous.... Dans quelques instants…un extrait de la 1ère Symphonie de Guilmant, avec Franz Hauk à l’orgue et la Ingolstadt Philharmonie sous la conduite de Olaf Koch. Avec la collaboration de « Chandos », voir les remerciements ci-dessous.
L’histoire de Félix-Alexandre Guilmant est aussi très « interrégionale » - comme on dit aujourd’hui – car son talent fut développé par un Belge, Jaak-Nikolaas Lemmens qui est décédé à Zemst, une petite ville à portée d’élastique de chez moi. Bref, en passant au sud du Nord via le Boulonnais et passant par la Belgique, cette chronique musicale trouve naturellement sa place sur « Cyanopale-Histoires ».
Il est évident que la France a vécu une période formidable dans la seconde partie du XIXe siècle jusqu’après la Première guerre mondiale en matière de création musicologique originale. La musique d’orgue sera fabuleuse et Boulogne-sur-Mer sera un des berceaux. Félix-Alexandre Guilmant naît le 12 mars 1837 à l’ombre de Saint-Nicolas, église trop méconnue des touristes plus captivés par des restaurants. Son père, Jean-Baptiste, en est le maître de chapelle et, bien entendu l’organiste. Il sera son premier professeur. Vers douze ans, le jeune Félix-Alexandre, doué – très ! -, remplace déjà en douceur son père au clavier…
Jean-Baptiste
Guilmant père, né à Nielles-les-Ardres
dans le Pas de Calais le 14 janvier 1794,
joue l’orgue de son village dès son
adolescence. Il arrive à Boulogne-sur-Mer
en 1820 et épouse Marie-Thérèse Poulain,
une maîtresse d’école originaire de
Rennes, en 1825. En avant la musique ! Une
affaire de famille, lisez plutôt: son arrière-grand-père
Jean avait eu deux fils facteurs d’orgues,
Pierre-Antoine et Jean-François. Le fils de
ce dernier, Joseph, était professeur de
musique. Tous oncles du père du héros de
cette chronique. Plus fort encore, c’est
Jean-François qui a construit l’orgue de
l’église Saint-Nicolas ! Félix-Alexandre
bénéficie donc d’un environnement très
propice à l’éveil de son art. En 1853,
il débute comme organiste à l’église
Saint-Joseph. Il a seize ans. Quatre ans
plus tard, il passe maître de chapelle à
Saint-Nicolas. Bien joué !
Ceci
ne l’empêche pas d’intensifier ses études
d’harmonies sous la direction de Gustave
Carulli, fils d’un guitariste célèbre,
Ferdinand Carulli. Ses cours complétés en
1860, Félix-Alexandre accompagne son père
lors d’une visite à Paris. C’est la révélation
! Il écoute le célèbre organiste belge
Jaak-Nikolaas Lemmens et décide de
poursuivre des études musicales sous sa
baguette. Il quitte le Boulonnais pour
Bruxelles où
Lemmens enseigne au Conservatoire.
L’entente entre les deux musiciens est
parfaite, sans doute même complice. Lemmens
possède la ferveur du partage de la
connaissance, cette collaboration sublime
entre les deux hommes instillera à Félix-Alexandre
une nécessité humaniste d’enseigner
l’art de l’orgue et de ne pas retenir
son talent. L’évaluation, - autre terme
bien actuel -, sera exceptionnelle. Cette
formation achevée et onze ans plus tard,
soit en 1871, Félix-Alexandre remplace
Alexis Chauvet en tant que titulaire du
grand orgue de l’église de la Trinité
à Paris. Rien de moins et quel instrument !
Un Cavaillé-Coll, une très grosse
machine… Des années-plaisirs qui se
solderont malheureusement, en 1901, par son
éviction suite à ce qu’on peut nommer
une méchante cabale.
Souhaitant « sortir » l’orgue de son
confinement religieux, le facteur d’orgue
Aristide Cavaillé-Coll décide
l’implantation d’un orgue gigantesque
dans la salle des fêtes du Palais du Trocadéro
afin de proposer des concerts. Le succès
est incroyable. Et cela dure pendant une
vingtaine d’années ! Histoire de
promotionner et de faire connaître du
public des pièces portant sur plusieurs
centaines d’années. Dans le même
mouvement, Félix-Alexandre va profiter de
ces galas pour révéler les œuvres de Bach
qui étaient absolument négligées en
France. Une véritable réhabilitation !
Éclectique et sans timidité aucune, il
dirige des concerts avec orchestre et révèle
des œuvres méconnues comme les concertos
de Haendel ou d’autres pièces françaises
tombées dans les oubliettes de
l’histoire. Infatigable musicien
professionnel, il publie aussi sur papier :
les archives des maîtres de l’orgue en
dix volumes, vingt-cinq cahiers de l’École
classique de l’orgue. N’oubliant pas les
leçons de solfège qu’il donnait à
Boulogne-sur-Mer et sa communion d’esprit
avec Lemmens, Félix-Alexandre s’affirme
un pédagogue hors pair. Quelle puissance de
travail! Quels résultats! Quelques noms :
Emile Billeton (cathédrale d’Arras),
Edmond Diericky (Saint-Christophe à
Tourcoing), Léon Saint-Réquier (Saint-Gervais
à Paris) et, sommité moderne,
l’excellent Marcel Dupré. Élève de notre
héro dès ses dix ans, il raconte dans ses
souvenirs que « c'était un Maître
admirable, rigoureux à l’extrême dans la
recherche de la perfection, mais d'une
patience et d'une douceur telles, que
l'enfant que j'étais, ne souffrait jamais
d'être parfois arrêté à chaque mesure
pour le moindre détail... » Un vrai
Boulonnais ! Félix-Alexandre
se disperse-t-il ? Non, c’est un arbre, un
orgue de chêne. Il fonde
avec Vincent d’Indy et Charles Bordes la
«Schola Cantorum» en 1894. Il double à la
direction du Conservatoire national supérieur
de musique de Paris, succédant à
Charles-Marie Widor. Franc-parler ? Bien sûr,
pensez-vous ! Pour lui la musique se résume
en une clé majeure : «On ne formera jamais
assez d’organistes de talent». En France?
En Europe? Aussi aux États-unis! Tel est
l’impact de son enseignement qu’un de
ses élèves, William Crane Carl qui avait
étudié à Paris, devient premier organiste
et maître de chœur de la Première Eglise
Presbytérienne à New York. De leur amitié
naît alors l’extraordinaire « Guilmant
Organ School » qui, hélas, ferme ses
portes en 1970. Félix-Alexandre, ne sachant
pas rester en place en ce début de XXe siècle,
entame trois tournées aux USA. Il se
produit dans les églises et salles de
concert les plus prestigieuses : célébrité
intercontinentale !
«
C'est sans doute au professorat que Guilmant
consacra le meilleur de son temps sans ménager
ses efforts. Ses principes de base étaient
fort simples mais d'une logique absolue :
jeu lié en bannissant tout geste inutile et
superflu, technique parfaitement maîtrisée,
rythme soutenu et phrasé appuyé. « Le maître
ne supportait pas l’à-peu-près à
l'orgue ! », commente Denis Havard de la
Montagne. Félix-Alexandre compose énormément
: huit sonates, des recueils de pièces, des
préludes et interludes, trois messes, deux
symphonies… La firme allemande de
production Schott-Muzik conserve à
l’heure actuelle son œuvre. Notre génie
musical boulonnais décède le 29 mars 1911
dans sa résidence de Meudon des suites
d’une grippe mal soignée, non loin de son
orgue personnel. Il repose au cimetière de
Montparnasse. Une belle vie de musique et
une vision bien carrée à l’instar de ses
origines boulonnaises quand il déclare : «
Le passé est la porte ouverte sur
l’avenir ».
Et
si « Cyanopale » organisait un concert
public dans l’église Saint-Nicolas ?
Histoire de faire mentir l’assertion de
Philip Borg-Wheeler…